Ne pas se fier à la pochette minimaliste et à son titre à rallonge qui rendrait des points au "Ship Arriving Too Late to Save a Drowning Witch" de Frank Zappa... "The Hole In Days, The Oldest Teen And The Chataracters." est le premier album solo d'un one-man band mystérieux répondant au nom de LittleNovo (Fabien Bertrand pour les intimes). Celui-ci s'était déjà fait remarquer fin 2024 avec l'EP "Somehow" sur lequel se retrouvaient des morceaux présents sur cet opus.
LittleNovo boxe à première vue dans la catégorie du rock alternatif des années 1990 (Radiohead et Smashing Pumpkins) comme la première piste 'Virus' semble l'indiquer. Lent, nonchalant mais non dépourvu de tension avec ce métronome inquiétant, la rage y éclate sans crier gare, le rock joue les gros bras. L'esthétique de LittleNovo évolue entre ces deux pôles, une froideur lancinante folk et une explosion rock qui s'orne quelquefois d'accents progressifs ('First Week Second Week'). Un habillage électro lui permet également d'emprunter de nouvelles directions sonores ('Not A Russian Girl', 'Nightbird'). 'Finally It Does Not Rain' réussit à se lancer sur les pas de Billy Corgan tout en réussissant à trouver son propre point de chute. La grande réussite de cet album c'est avant tout de nous bluffer en pensant qu'un groupe joue sur ce disque (même si quelquefois les percussions trahissent ce secret).
Cet artiste est un caméléon de sentiments, une voix faible et implorante conduit au bord du précipice avant qu'une voix rageuse et énervée ne donne le coup de grâce d'une chiquenaude. Ce qui pourrait apparaître comme un déséquilibre se révèle un véritable tour de force. Sur 'My Greetings et 'First Week Second Week', il joue un peu timidement sur sa voix, l'étirant de manière glaciale sur les traces d'un Peter Hammill. Sur 'Stay' (si Muse a besoin d'un nouveau chanteur, il est tout trouvé !) toute raison semble s’être évanouie tandis que 'The Boxer' laisse entendre quelques growls. Les textes mettent en scène des personnages qui partagent leurs angoisses existentielles et rappellent certaines nouvelles de Stephen King ('Tout ce que vous aimez sera emporté', 'Vélo d'appart'...). La durée de l'album atteint presque l'heure d'écoute et aurait toutefois mérité d’être un peu écourtée ('Gibberish' ou 'So Awaken' - malgré son solo de guitare - sont pris en flagrant délit de pilotage automatique).
Premier album et essai transformé par LittleNovo, une nouvelle voix qui, nourrie de l'expérience du rock 1990's, convie à un voyage au plus profond de la folie et du désespoir humains tout en accrochant quelques étincelles de grâce à sa partition. Attention, artiste à suivre !