Nous nous étions entretenus en 2021 à l'occasion de la sortie de votre EP "Icons" où nous avions commencé l'interview sur votre rythme de sortie -à savoir 4 ans en chaque album/Ep- vous nous aviez indiqué que le délai était trop long le résultat est la sortie de "Supergiant" 6 ans après. Vous aviez évoqué les changements de line-up, la crise sanitaire pour expliquer ce délai. En d'autres termes, qu'est-ce qui explique ce délai de ces 6 trop longues années ?
Olivier "Yéyé" Siedlecky (guitare
lead): Ahah, c'est vrai que notre rythme de sortie n'est pas vraiment ce qu'on peut qualifier de "rapide" ! Si l'on remonte à 2020, il faut d'abord rappeler que la sortie de la crise sanitaire na pas été une période particulièrement prolifique pour la création au sein du groupe.
Ensuite, nous avons connu un nouveau changement de
line-up avec le départ de Kevin Fauvel à la basse et l'arrivée de Thomas Gillot pour le remplacer. Il faut aussi prendre en compte que
Snap Border est composé de musiciens qui ont tous une activité professionnelle en dehors de la musique. Notre fonctionnement est donc à l'opposé de celui d'artistes qui peuvent se consacrer à plein temps à leur projet. En quelque sorte, le vaisseau
Snap Border est insubmersible, mais il avance à son rythme !
Ces dernières années ont également été marquées par de nombreux changements personnels : la plupart des membres du groupe sont devenus papas au cours de cette période. Et puis, il y a sans doute la raison la plus importante : nous aimons prendre notre temps parce que nous sommes exigeants avec ce que nous produisons. Or, qui dit exigence dit aussi beaucoup de travail, de réflexion et de temps consacré à chaque morceau.
En conclusion de notre précédente interview, vous vouliez sortir un nouvel album avant 2024 donc surtout au regard de la bonne réception de "Icons". Ne craignez-vous pas d'avoir perdu du temps et donc de ne pas profiter de surfer sur la popularité gagnée avec "Icons" ?
Si "Icons" a reçu de très bonnes critiques, cela ne s'est pas forcément traduit de manière aussi flagrante dans la façon dont le groupe a tourné durant ces années, surtout si l'on compare cette période à celle de "Alternative Current Box".
Après, chaque sortie est pour nous une nouvelle occasion d'aller chercher de nouvelles personnes tout en continuant à faire vivre la communauté qui nous suit déjà. Et il faut aussi être honnête : en six ans, le monde de la musique a énormément changé. Les réseaux sociaux ont explosé, le nombre de groupes a augmenté, tout comme leur niveau. Aujourd'hui, il y a plus de musique, plus de contenu, plus de concurrence, et il faut réussir à trouver sa place là-dedans.
"Icons" était aussi un disque de transition. Il faisait le lien entre les prémices de
Snap Border et ce vers quoi le groupe avait envie d'aller. Avec "Supergiant", on a vraiment le sentiment d'entrer dans une nouvelle ère. C'est probablement l'album qui ressemble le plus au
Snap Border que nous avions en tête dès le départ.
Votre actualité est donc la sortie de "Supergiant" donc. Pouvez-vous nous expliquer ce titre ?
"Supergiant" c'est la traduction de notre envie de pousser plus loin les frontières de
Snap Border. Plus de puissance, plus d'émotions, plus de partage, plus de tripes, une expérience qui va plus loin, une expérience qu'on veut supergéante. C'est la façon dont nous avons voulu transposer notre envie de dimensionner plus grand
Snap Border. Certains titres sont très représentatifs de cette envie de dimension supplémentaire comme ' Fading Light' qu'on imagine très dans l'émotion, ou un 'My Crew' taillé pour être totalement fédérateur et festif.
Vous semblez avoir durci votre propos depuis "Icons". Le fait d'avoir tourné avec des groupes comme Papa Roach ou Mass Hysteria vous a inspirés dans cette voie ?
Je dirai que nous cherchons à puiser plus profondément dans nos ressources et dans ce que l'on aime. Chaque membre de
Snap Border écoute du metal et notre projet est toujours de canaliser cette énergie et de l'associer à une énergie rock ultra communicative. Oui,
Papa Roach est une référence, et notamment en
live où tout l'arsenal est utilisé pour faire vivre une très belle expérience rock ou metal, on ne sait plus vraiment, mais on sent que ça fait du bien !
Dans les textes et dans le visuel, il y a une dimension mystico-technologique. Qu'est-ce qui vous inspire dans cet univers sachant que le mélange des genres peut paraître de prime abord incongru ?
Nous entrons dans une époque où les questions de spiritualité reviennent sur le devant de la scène, alors même que le monde se projette à une vitesse folle dans une révolution technologique dont il sera probablement difficile de faire marche arrière. Dans ce contexte, la place de l'être humain, sa conscience, ses croyances et sa spiritualité vont être de plus en plus questionnées. Nous trouvons cette perspective à la fois vertigineuse, mystérieuse et fascinante. Elle soulève beaucoup d'interrogations, mais aussi de possibilités.
Est-ce que cet univers a influencé votre approche dans vos compositions ?
Dans un sens oui, car nous cherchons beaucoup de profondeur dans notre musique, tout en y associant parfois des ajouts technologiques. Donc peut-être que tout cela était en filigrane de notre composition : sans nous en rendre compte sommes-nous victimes de notre époque ? (sourire)
Ce qui saute aux oreilles, c’est le soin apporté à la production et l’habillage sonore. A qui doit-on cette dimension ?
Comme expliqué, nous sommes très très très exigeants avec notre travail, ce qui peut parfois augmenter les temps de production. Ensuite nous travaillons énormément les
moods de chaque morceau. Enfin, et c'est sans doute l'un des points essentiels, nous travaillons avec nos producteurs (Maxime Keller Voix/Samples et Anthony Chognard Mix-Mastering-Production et samples), afin de pousser toujours plus loin les ambiances de chacun des morceaux.
Aviez-vous en tête une telle idée de production lors de la composition des titres ou est-ce son intervention qui réhausse ce sentiment à l'écoute des morceaux ?
C'est un souhait profond du groupe depuis sa création. Nous avons toujours imaginé
Snap Border comme un assemblage de tableaux, un voyage de musique en musique. Il n'a jamais été question de dupliquer un même son pendant une demi-heure. Même si nos moyens ne sont à ce jour pas suffisamment conséquents, il est vraiment important pour nous de mettre les curseurs au maximum sur la transposition en musique de nos idées et émotions. Avec "Supergiant", nous atteignons un objectif de production même si nous trouvons toujours la petite bête qui nous pousse à faire encore mieux la prochaine fois !
Le chant de Franck Poinsot est toujours aussi impressionnant mais comment assure-t-il tous ces chants clair et screaming en concert ?
Ces années de travail en studio permettent de mieux appréhender ces exigences. Un subtil équilibre dans l'enchaînement des morceaux entre ceux qui sont particulièrement difficiles et ceux plus simples est aussi nécessaire, et c'est d'ailleurs amusant car ce ne sont pas toujours ceux qui "semblent" difficiles, qui le sont, et inversement.
Toujours à propos de chant, qui prête sa voix féminine sur l’alarme pour ‘This Is Not An Exercice’ ?
Une fois générée digitalement… mais il n’est pas impossible qu’en live, nous fassions intervenir de véritables humaines. (sourire)
Avec son chant en anglais irréprochable, l'énergie quelle dégage ou sa production remarquable votre musique est plus internationale que jamais. Nous avions déjà souligné cela lors de notre précédente interview et vous nous aviez avoué que "Icons" avait été très bien reçu à l'étranger, notamment en Amérique du Sud et en Italie et que vous envisagiez de travailler avec des relais sur place afin de développer notre présence, cela s'est -il concrétisé ?
Tout d'abord merci ! C'est une belle récompense pour notre travail.
Comme expliqué,
Snap Border n'a pas une structure classique de groupe dans sa construction et son équilibre pro. Nous n'avons pas forcément eu d'occasion qui en valait la peine dans ces pays. En revanche, nous sommes localisés dans l'Est de la France, et c'est avec un très grand plaisir que nous allons franchir la frontière allemande pour un premier concert international qui nous permettra ensuite de prospecter plus loin dans ce pays de rock et de metal. Nous restons ouverts à la Suisse, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, et d'autres pays d'Europe, mais il faut que cela en vaille véritablement la peine. Les festivals sont une bonne porte d'entrée pour ces pays.
Avec un rythme dont on a parlé, comment vous situez-vous vis-à-vis de l'industrie du disque qui va très vite ? D'ailleurs malgré le travail fourni sur la pochette de l'album, êtes-vous toujours attaché au format physique ?
Tout va très vite, et tout doit répondre à des standards de plus en plus élevés c'est vrai. Nous ne sommes pas que simples observateurs de cette accélération et nous adaptons aussi notre approche en nous montrant davantage sur les réseaux, et en prenant le pli sur cet aspect. Le chantier est double, il faut continuer à défendre notre musique sur scène, mais aussi sur les réseaux, heureusement, nous avons pas mal d'idées et ne sommes pas totalement largués. Concernant la
cover de l'album physique, nous avons travaillé avec un grand plaisir avec Chromatorium et oui, dans une certaine musique, nous sommes attachés avec pas mal de tendresse à ce bon vieil album, qui ne trouve plus beaucoup sa place dans nos voitures modernes (et c'est bien dommage), mais qui reste un objet à collectionner dans notre univers musical.
A cet égard, comment envisagez-vous la suite ? On indiquait que si vous n'avez pas craint de perdre en popularité avec le long délai entre chaque sortie, vous avez malgré tout atteint les 500 000 écoutes sur toutes les plateformes de streaming. A quand le million ?
Après ces années en studio, nous voulons clairement frapper fort en live et nous pensons sincèrement que c'est par là nous continuerons de faire voir et reconnaître
Snap Border. Le groupe dans son entièreté a mûri, et nous avons désormais l'envie de faire passer plus de messages et de donner la meilleure expérience possible de
Snap Border en live. Evidemment, comme expliqué, la communication digitale devra également être à la hauteur. En 2026, l'un ne va pas sans l'autre.
Avec ce nouvel album et ses titres très énergiques et à fort potentiel en live, avez-vous des dates à nous annoncer voire d'autres scènes prestigieuses comme Papa Roach ou Mass Hysteria ?
En ce début de sortie, nous avons surtout la chance de pouvoir proposer
Snap Border en dehors de nos frontières naturelles lorraines, avec un passage en Alsace, en Haute-Savoie mais aussi en Allemagne (en plus de nos dates locales). C'est clairement une fierté car cela donne la possibilité de donner une visibilité nouvelle au groupe.
On a commencé l’interview avec le (long) délai entre chaque sortie, sans surprise, on va de nouveau conclure avec la même question : allez-vous enfin battre le fer tant qu’il est chaud pour raccourcir les délais avec le prochain album ?
Surprise… (sourire)
Non plus sérieusement, nous envisageons un changement de stratégie, permettant de diffuser plus rapidement de nouveaux sons, sans passer systématiquement par la case album à suivre ...