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Merci pour cette chronique d'un disque que je n'ai pas encore écouté mais cela ne saurait tarder...
J'ai redécouvert King Crimson ces dernières années, impressionné par la puissance et la créativité extraordinaires de ce groupe. Lycéen dans les années 76/79, alors fan de rock progressif (entre autres), j'avais acheté "In the court of the Crimson King". J'avais beaucoup appécié ce disque mais je l'avais délaissé après queques écoutes, préférant ceux de Genesis, Yes ou Gong. J'eus par la suite l'occasion d'écouter d'autres disques de Crimson, mais leur musique était trop expérimentale, trop "bizarre" pour mes goûts de l'époque.
Certes, ce n'est pas une musique d'un abord facile et je pense qu'une certaine maturité musicale, ou un état d'esprit particulier sont nécessaires pour apprécier la richesse de l'oeuvre de Fripp et de ses comparses, et d'en saisir la portée et la dimension artistique. M. Fripp joue avec nos nerfs et nos émotions avec une intelligence rare et peut-être aussi un soupçon de perversion : il souffle le chaud et le froid et n'hésite pas à nous embarquer dans un univers hautement anxiogène, mais non moins addictif.
Dans votre texte, vous écrivez "Après l'expérience de "Islands", Robert Fripp remanie totalement la formation : Bill Bruford de Yes (qu'il harcèle depuis 2 ans) accepte finalement de rejoindre le groupe". J'ai lu il y a quelques années l'autobiographie de Bill Bruford et sauf erreur de ma part, il me semble que c'est plutôt le contraire : c'est Bruford qui a harcelé Fripp pour jouer dans King Crimson, groupe auquel il vouait une immense admiration après l'avoir vu en concert. Fripp a fini par accepter, après avoir laissé Bruford mijoter dans son jus un certain temps...
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Mon appréciation aura pu subir les conséquences d’un certain décalage dans le temps, ayant découvert les premiers albums de King Crimson il y a une dizaine d’années seulement. A la grande époque du progressif aux élans psychédéliques, il est probable que cet "In the court…" m’eût conquis avec force. En tout cas, aucun doute sur sa puissance inspiratrice. Pour ne parler que de ce qui saute aux oreilles : le phrasé de la flûte ('I talk to the wind') précède à la perfection celui que Steve Hackett a écrit pour 'Hands of the Priestess', dans son premier album solo. C’est bien simple, c’est comme si Steve lui avait imaginé une suite ! Et pourtant, en 75, lorsque paraît le superbe "Voyage of the Acolyte", Mister Hackett n’est sûrement pas en quête d’identité musicale, puisqu’il a déjà co-signé 4 énormissimes albums avec Genesis.
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L'album sous-estimé de King Crimson faisant suite à un album très inégal, mais plutôt bien accueilli. King Crimson trouve en la personne de John Wetton, un interprète charismatique à la voix chaleureuse (même si comme le dit Aymeric Leroy, le refrain de la première chanson est repris ''ad nauseam''). The Night watch est l'une des plus belles et historiquement authentique chansons consacrées à la peinture hollandaise et même à la peinture tout court.
L'origine poétique du titre provient du très brillant et éthylique Under milk wood de l'exubérant Dylan Thomas : ''It is spring, moonless night in the small town, starless and bible-black, the cobblestreets silent and the hunched, courters'-and-rabbits' wood limping invisible down to the sloeblack, slow, black, crowblack, fishingboat-bobbing sea. The houses are blind as moles (though moles see fine tonight in the snouting, velvet dingles) or blind as Captain Cat there in the muffled middle by the pump and the town clock, the shops in mourning, the Welfare Hall in widows' weeds. And all the people of the lulled and dumbfound town are sleeping now.''
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Coincé entre "Larks Tongue In Aspic" et "Red", "Starless And The Bible Black" est souvent quelque peu négligé dans la discographie du groupe. Ce serait une erreur de passer à côté de cet album impressionnant et radical. Vous pouvez aussi prolonger le plaisir avec les lives de "The Great Deceiver" réédités il y a quelques années et qui montrent quel incroyable groupe était King Crimson à cette époque.
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Avec son album précédent, "Islands", King Crimson avait commencé à montrer son engouement pour les expérimentations sonores. Pourtant 'Formentera Lady', premier titre de l'album, trompait encore son monde en débutant sous la forme d'une douce chanson avant de lâcher les chiens dans la deuxième partie et de s'aventurer dans des contrées beaucoup moins consensuelles.
"Lark's Tongue In Aspic" ne s'embarrasse pas de tels préliminaires et les trois premières minutes du titre éponyme, constituées d'un lit de percussions enregistrées à un niveau sonore à la limite du seuil d'audition, ont de quoi plonger l'auditeur non averti dans un abîme de perplexité. Non pas d'ailleurs que la suite du titre dont la durée dépasse les treize minutes soit plus conventionnelle, les instruments semblant tous gagnés par une soif d'indépendance vis-à-vis d'une quelconque convention musicale, mais ceux que l'absence de mélodies structurées ne désoriente pas pourront trouver un charme impressionniste aux passes d'armes opposant la guitare inquiétante de Fripp au violon diaphane de David Cross.
Si cette entrée en matière peut surprendre, il serait dommage qu'elle occulte la qualité de cet album. 'Book Of Saturday', 'Exiles' et 'Easy Money' développent de très belles mélodies où le chant de John Wetton fait merveille. Et si 'The Talking Drum' et 'Lark's Tongue In Aspic, Part Two' sont entièrement instrumentaux, ils font l'objet d'une construction rigoureuse et instaurent par une progression savante un délicieux sentiment d'angoisse et de malaise.
Enfin, l'album est un régal pour les oreilles dès lors qu'on s'intéresse au jeu des musiciens, chacun démontrant ses qualités et sa finesse. Il faut dire que cette nouvelle mouture de King Crimson s'offre notamment les services inestimables de Bill Bruford, qui commençait à tourner en rond avec Yes et de John Wetton ex-Family, futur Uriah Heep, UK et Asia entre autres !
Si vous n'avez peur de rien, écoutez ce disque dans l'ordre des morceaux. Si vous êtes plus frileux avec les titres expérimentaux, écoutez les titres 2 à 6 puis terminez ensuite par le premier. En tout cas, ne faites pas l'impasse sur ce bel album sous prétexte qu'il est moins accessible que ses prédécesseurs. C'est le lot de l'amateur de progressif que de souffrir avant d'accéder au paradis.
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Si vous parcourez les différents avis écrits ici ou là sur le Net, vous serez probablement bien en peine de vous faire une idée sur ce disque tant les avis divergent. Rock prog, jazz rock, art rock, classique, ... Probablement un peu de tout ça, King Crimson ne délivrant jamais une musique linéaire.
Si "Prelude" est directement inspiré d'une forme classique où cordes et vents occupent tout l'espace et que le final d'Islands' nous laisse entendre en pied-de-nez la cacophonie d'un orchestre s'accordant avant un concert, le reste de l'album lorgne pour moi plutôt du côté du free jazz. Impression probablement causée par l'utilisation importante des instruments à vent, de nombreuses improvisations ou interprétations très libres (deuxième partie de 'Formentera Lady', le triptyque 'Sailor's Tail' enchainant impros de sax, guitare et orgue, 'Islands' émaillé de digressions) et d'un sax qui se déchire régulièrement dans les aigus.
Globalement un album beaucoup plus doux et intimiste que ses prédécesseurs, sans moment de révolte ni d'agression, mais également plus free et expérimental.
Différent, mais tout aussi excellent.
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