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L’annonce d’un retour au progressif par Steven Wilson a naturellement mis en émoi les fans de la première heure. Après plusieurs années passées à explorer des terrains plus pop et électroniques, le Britannique semblait renouer avec ses racines en proposant un album conceptuel ambitieux, inspiré par "l’effet de vue d’ensemble" (The Overview Effect), cette prise de conscience que ressentent les astronautes lorsqu’ils contemplent la Terre depuis l’espace, réalisant soudain l’absurdité des préoccupations humaines face à l’immensité du cosmos.
Si le sujet a de quoi faire rêver, il n’est pas inédit dans le monde du rock progressif. Le groupe Jet Black Sea avait déjà abordé cette thématique avec 'The Overview Effect', un album qui plongeait dans des atmosphères progressives et cinématographiques pour retranscrire cette sensation vertigineuse d’insignifiance face à l’univers. Dès lors, "The Overview" de Steven Wilson se devait de proposer une approche originale pour se démarquer. Malheureusement, à l’écoute, on a plus l’impression d’un patchwork d’idées et d’influences familières que d’une véritable œuvre novatrice.
Sur le papier, tous les ingrédients semblaient réunis : seulement deux longs morceaux propices à des évolutions progressives, un travail sur les atmosphères spatiales et une dynamique taillée pour l’écoute en vinyle. Pourtant, malgré son ambition, l’album donne rapidement l’impression d’une œuvre qui se repose sur des acquis plus qu’elle ne cherche à innover. Il y a ici une volonté de retrouver une forme de narration musicale immersive, mais l’exécution manque d’audace et laisse une sensation de déjà-vu qui dilue son impact.
Le premier titre, 'Objects Outlive Us', pièce-fleuve de 23 minutes, débute par une voix en falsetto que Wilson affectionne particulièrement depuis quelques albums, flottant au-dessus d’une instrumentation éthérée. Très vite, une énumération mécanique prend place, dans la droite lignée de 'Personal Shopper', où seule la batterie parvient à réellement capter l’attention grâce à des subtilités rythmiques bien senties. La structure du morceau enchaîne les passages attendus : une mélodie pop anglaise accrocheuse, suivie d’un segment plus éclaté et déconstruit, avant un retour à une séquence mélodique, puis une coda instrumentale qui aurait pu constituer un climax marquant, mais qui finit par s’effacer dans des nappes ambient. Tout s’enchaîne avec fluidité, mais sans surprise. L’évolution du morceau, pourtant ample, semble trop balisée pour réellement captiver.
Le second titre, 'The Overview', prend une direction plus électronique et contemplative, se rapprochant des sonorités explorées par Wilson dans ses derniers travaux avec son épouse. On retrouve ici une atmosphère qui évoque "Hand. Cannot. Erase" ('Perfect Life') qui rencontrerait 'The Harmony Codex'., mais en moins narratif et en plus abstrait. Si les textures sonores sont léchées et le travail sur l’espace sonore remarquable, l’ensemble peine à décoller, donnant parfois l’impression d’un morceau qui flotte sans jamais atteindre une véritable intensité émotionnelle. Il faut attendre le final pour voir apparaître des influences jazz-rock proches de "Grace for Drowning", avec un saxophone aérien et des harmonies plus complexes. Un passage intéressant, mais qui arrive peut-être trop tard pour renverser l’impression d’un voyage trop statique.
Avec "The Overview", Steven Wilson semble hésiter entre renouer avec ses racines progressives et poursuivre son exploration sonore plus contemporaine. L’ambition conceptuelle est bien présente, et la qualité de production indéniable, mais l’album manque de cette étincelle qui faisait la force de ses meilleures œuvres. Contrairement à "The Raven That Refused to Sing" ou "Hand. Cannot. Erase"., qui prenaient aux tripes par leur narration et leurs contrastes marqués, "The Overview" laisse une impression plus distante, presque introspective à l’excès.
Pire encore, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine mécanique dans la démarche, comme si Wilson avait en partie composé cet album pour répondre aux attentes d’une frange de son public plutôt que par une réelle nécessité artistique. Cette impression d’un disque "sur commande" flotte en arrière-plan, renforcée par cette structure en deux longs morceaux et cette approche conceptuelle qui semblent vouloir cocher toutes les cases du progressif moderne sans pour autant lui insuffler un véritable souffle nouveau.
Si certains y verront un retour à une forme de progressif pur, d’autres regretteront un manque de prise de risque et une sensation de recyclage. Il ne s’agit pas d’un faux pas, mais plutôt d’un disque qui intrigue plus qu’il ne bouleverse. Un album à écouter d’une traite, dans de bonnes conditions, mais dont l’empreinte s’efface plus vite qu’espéré. Peut-être le prix à payer pour un voyage où l’itinéraire semble déjà tracé d’avance.
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Ce nouvel album d’Innerspace s’est fait attendre, mais cette patience en valait largement la chandelle. Après des albums marqués par des influences prog et néo-prog, malgré une identité qui s’affirmait déjà un peu plus sur “Rise“, “The Last Sign“ franchit une nouvelle étape en accentuant les contrastes. Comment ? En intégrant une touche plus marquée de metal, comme l’a justement souligné Tonyb dans sa chronique.
Un choix qui, personnellement, me séduit pleinement : cette orientation confère à l’album davantage de relief et de rugosité. Peut-être que la thématique y est aussi pour quelque chose. Quoi qu’il en soit, Innerspace élargit encore son spectre stylistique et ose de nouvelles incursions. On retrouve ces hymnes fédérateurs, à l’image de ´We Are One´, qui évoque un ´Under The Spotlight’ dans son approche directe et percutante.
Mais là où le groupe frappe un grand coup, c’est avec ´Blurry Memory’. Sur près de 17 minutes, la tension ne retombe jamais, chaque élément s’imbriquant parfaitement : le chant rauque de Phil, la rythmique implacable, et surtout, le travail exemplaire de Simon, dont les riffs et les soli subliment l’ensemble. La conclusion, avec ‘In Fine’, se distingue par son atmosphère apaisée et ce poème récité qui apporte une touche d’originalité bienvenue. ‘Kyrie’, quant à lui, flirte avec des sonorités presque classiques, enrichissant encore le tableau.
Ce parti pris audacieux divise peut-être, mais une chose est sûre : Innerspace refuse de se reposer sur ses acquis et explore de nouveaux territoires album après album. Une démarche sincère et inspirée qui fait de “The Last Sign“ un véritable coup de cœur, tant il est façonné avec passion et justesse.
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Pour être honnête, "Melodies of Atonement" est une (nouvelle) déception pour moi. Après avoir donné une chance aux albums précédents sans jamais vraiment accrocher, j'espérais, mais sans autre attente particulière, que cet opus offrirait un renouveau. Malheureusement, il s'enfonce encore plus dans ce qui me dérange chez Leprous : une sophistication stérile et des structures prévisibles malgré l’enrobage sonore recherché. La transition vers un son plus pop-rock est flagrante (ce qui a le mérite de clarifier les choses), mais au lieu d'apporter de la fraîcheur, elle m'ennuie profondément. Les morceaux semblent artificiellement gonflés, comme s'ils essayaient d'impressionner à tout prix, mais le résultat m’apparait surchargé et déséquilibré.
Einar Solberg, bien qu'indéniablement talentueux, a tendance à en faire trop à mon sens. Sa voix, omniprésente et parfois écrasante, finit par étouffer la subtilité des compositions. Tout semble surjoué, comme si chaque morceau devait constamment se surpasser en intensité vocale, ce qui devient lassant à la longue. Je retrouve aussi ce vieux problème chez Leprous : un enchaînement incessant de moments calmes suivis d'explosions sonores qui ne surprennent plus personne. Au lieu de créer des dynamiques intéressantes, cela ne fait que rendre l'écoute prévisible et fatigante voire pire monotone.
En fin de compte, mon ressenti est que cet album manque cruellement d'âme. Tout est là pour que ça fonctionne : des musiciens talentueux, une production soignée, mais l'ensemble semble trop calculé et surtout trop détaché de la spontanéité qui pourrait rendre ces morceaux plus vivants. C'est frustrant, car je sens que le potentiel est toujours là, mais il est constamment noyé sous une approche qui mise plus sur la forme que sur le fond. Essaye encore....
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Il y a ces albums qui, en apparence modestes, parviennent pourtant à insuffler une magie singulière à leur écoute. "Empty", la dernière création de Kristoffer Gildenlow, appartient à cette catégorie. Si l'œuvre de cet artiste est déjà riche en albums aux teintes variées et singulières, "Empty" apporte une touche supplémentaire de cette magie inexplicable.
Sans chercher à révolutionner les codes, "Empty" se distingue par sa délicatesse et sa richesse, qui se dévoilent progressivement. Les compositions, bien que classiques dans leur structure, sont d'une profondeur saisissante, touchant directement le cœur de l'auditeur. Cette profondeur émane probablement des solos habilement exécutés, évoquant le toucher caractéristique de David Gilmour, comme le souligne justement la chronique de Torpedo.
Cependant, cette magie va au-delà des références évidentes. À l'écoute, je perçois un subtil mélange inspiré de Gilmour, voire de Roger Waters (comme dans 'Saturated'), de Camel (Andy Latimer), de Léonard Cohen ou de Neil Young. J'y décèle même une forme de respect pour ces influences.
Malgré des thématiques introspectives pouvant sembler pesantes – transition et changement, lutte contre ses démons intérieurs, superficialité, isolement, quête de sens – Kristoffer parvient à apporter une lumière bienveillante à travers sa musique. Il joue avec subtilité sur les nuances de graves dans ses lignes de chant, accentuées par l'ajout de voix féminines qui semblent adoucir cette gravité (notamment dans le remarquable 'Black And White').
Certains titres se démarquent de ces influences, mettant en avant le travail personnel du musicien, comme 'Turn It All Around' ou 'Means to an End', qui se distinguent par une approche différente de la mélodie guitaristique.
Les arrangements participent également à cette atmosphère singulière, que ce soit par l'ajout de cordes discrètes ou par des introspections presque silencieuses, comme dans l'intro de 'Empty'. Le travail minutieux et remarquable de Kristoffer se ressent à chaque écoute. Contrairement à certains de ses précédents albums, qui pouvaient parfois souffrir d'un déséquilibre, "Empty" est équilibré de bout en bout. Chaque titre possède son propre attrait, aucun ne prenant le pas sur l'autre.
En conclusion, "Empty" est un album qui comble à chaque écoute. Sa quasi-perfection dans l'articulation des compositions, de l'exécution et de la profondeur thématique est rare et mérite d'être soulignée. Dans cette année 2024 qui réserve bien des trésors, cet album de Kristoffer Gildenlow en est assurément un.
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Cet album est tout simplement renversant ! Un grand merci à Child pour sa critique éclairée et à Struck pour ses conseils avisés (et ses précédentes chroniques). Borknagar, véritable pionnier du black metal, repousse encore les limites avec "Fall". Cet opus témoigne de l'évolution constante du groupe, qui explore des sonorités à la croisée du rock ('Moon') et du progressif ('Stars Ablaze'), tout en conservant ses racines, pour offrir un ensemble d'une accessibilité remarquable. La richesse mélodique de l'album captive dès les premières notes, nous plongeant dans un tourbillon d'émotions. Personnellement, je le trouve même supérieur à son prédécesseur, malgré les avis de certains soulignant une stagnation. Les performances vocales sont tout simplement époustouflantes, mais cela n'est guère surprenant de la part de Borknagar, réputé pour son excellence dans ce domaine. Un indispensable pour moi qui marie la glace et le feu souligné à juste titre dans la chronique. Je me "childérise". Merci surtout à Borknagar pour la richesse de sa discographie.
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Je rejoins Rhum1 sur beaucoup de points de sa chronique. Cet album regorge de qualités qui effacent les (petits) défauts inhérents à un premier album.
Le concept construit autour de la solitude peut toucher beaucoup de monde. Celle dans laquelle nous avons été plongée il n’y a pas si longtemps mais aussi celle de tous les jours donnant le sentiment d'être des anonymes au milieu de la foule. The Anchoret explore cette solitude en traduisant musicalement tous les états par lesquels on peut passer en la subissant ou l’acceptant. La chronique évoque la contemplation et le groupe la souligne par des moments de silence et de calme apparent (les nombreux solos planants proches de ceux de David Gilmour ou Steve Rothery). Cette facette est toutefois mise en pièce par une ambiance générale sombre et violente faite de rythmique brutale (‘Until The Sun Illuminates’ et ses blast beats) et de riffs agressifs. Cette alternance se retrouve dans les lignes de chant allant du growl aux voix claires souvent en harmonie ('A Dead Man' avec un final qui rappelle "Dark Side Of The Moon" de qui vous savez) apportant une touche 70’s et progressive. L'émotion est souvent à fleur de peau ('Someone Is Listening') et parfois l'album donne l'impression de sombrer dans la paranoïa ('All Turns To Clay' avec une ouverture totalement folle, psyché sous acide qui tend vers l'espoir porté par un refrain très efficace).
Les touches jazz apportent aussi un supplément de folie qui pourrait gagner chacun se retrouvant dans cette situation. Le saxophone joue alors un rôle très important et ses interventions sont bien dosées à la manière d’un Dick Parry avec Pink Floyd. L’apaisement sera trouvé en toute fin avec le déchirant et poignant ´Stay’ illuminé par sa longue plainte finale à la guitare magnifiquement interprétée.
On pourrait reprocher la filiation avec Opeth, Floyd... mais c’est tellement bien fait que ces rappels finissent par s’estomper. "It All Began With Loneliness" est l'un de mes albums préférés de l’année sinon mon album de l’année.
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