Première enclume de Horn Of The Rhino, la troisième si l'on prend en compte Breed The Chosen One et Dead Throne Monarch, publiés respectivement en 2007 et 2008 sous le nom de Rhino, Weight Of Coronation a d'emblée gravé le nom des Espagnols dans le disque dur des amateurs de riffs de mammouths et de tempi lourds comme un cassoulet. Deux ans plus tard, toujours hébergé chez Doomentia, le groupe revient tout fracasser sur son passage. Grengus est à l'image de son visuel, bestial et méchant.
Si son aîné laissait poindre une lointaine beauté dans la mélancolie qui le drapait, ce nouvel album met l'accent sur les atours les plus Thrash de Horn Of The Rhino. Les titres sont plus courts, plus tendus, seul "Brought Back" atteignant un paroxysme sismique de plus de 10 minutes. Le reste crache un Sludge Doom pachydermique, énervé et surtout Evil, comme si les Espagnols cherchaient à renouer avec leurs racines, Venom, Motörhead et consorts. Conjugué à une carapace tellurique dont les ramifications s'enfoncent dans les arcanes de la terre, on vous laisse imaginer à quoi peut ressembler Grengus. C'est peu dire qu'il a rarement été donné d'entendre un album aussi lourd, aussi pesant, capable de faire exploser n'importe quel compteur Geiger.
Sur un socle terreux, chauffé au soleil, Horn Of The Rhino forge de sa grosse patte velue des blocs ultra plombés qui ne sont pas sans évoquer le High On Fire actuel avec lequel le groupe ne partage pas seulement la même formule du power-trio mais aussi et surtout des références communes. Même chant qui racle et sent le whisky, même guitare accordée plus basse que terre, même rythmique aux allures de bunker. Ouvrant les hostilités, "Under The Hoof" et "Pile Of Severed Heads" sont de véritables rouleaux-compresseurs derrière le passage desquels rien ne peut pousser.
Avec le titre éponyme, plus lent, Horn Of The Rhino franchit encore une étape en terme de pesanteur, étape supplémentaire vers un abîme insondable, tandis qu'il faut presque attendre "Drowned In Gold" pour que surgisse enfin la première leur mélodique à travers un solo qui prend aux tripes. Mais "waste For Ghouls" puis "awaken Horror Of Tuul" ont tôt fait de ramener Grengus vers cette rugueuse et intense brutalité, avant que "Brought Back" marque une (très relative) manière de pause car néanmoins funèbre et propulsé par ces coups de boutoir épais. Englué dans le mazout, le groupe y sculpte des instants pétrifiés que poisse ce sentiment d'inexorabilité qui lui sied si bien.
Finalement, c'est bien dans ce registre lent et mortifère que l'on préfère Horn Of The Rhino et donc au final, Weight Of Coronation à Grengus, album plus direct au demeurant très bien fait.