Motorpsycho (Ketil Vestrum Einarsen), Anglägard (Mattias Olsson), Opium Cartel (Rhys Marsh) … les groupes d'origine des membres fondateurs de Kaukasus n'incitent guère aux ambiances joyeuses, et c'est tout naturellement que ce nouveau groupe scandinave nous présente son premier opus, écrit et enregistré à distance en seulement deux semaines, accompagné de références au rock progressif le plus sombre des années 70, ainsi qu'au krautrock si cher à nos voisins d'outre-Rhin.
Malgré ces allégations, le début de ce premier effort semble quelque peu chercher sa voie : en introduction, The Ending of the Open Sky nous délivre une mélopée sombre soutenue par une section rythmique tribale, avec force utilisation de sonorités mellotronesques, et se terminant par un voyage orientalisant. Juste après, le groupe réalise un grand écart avec un titre superbe, Lift the Memory, que l'on croirait tout droit sorti du répertoire de … Muse ! Mélodie lumineuse, orchestrations symphoniques de bon aloi et une performance vocale de tout premier plan nous délivrent un véritable hit en puissance.
Mais, passées ces escarmouches, place au plat principal, et la suite du menu va s'avérer bien plus aventureuse, proposant un mélange d'ambiances 70's copieusement arrosées de Mellotron et de passages aux atmosphères planantes et expérimentales dignes des meilleures productions du genre, celles qui firent la renommée de nombreux groupes allemands du début de cette décennie.
Impossible de ne pas penser aux premiers Tangerine Dream à l'écoute de Starlit Motion, tandis que l'inquiétant Reptilian mélange le meilleur de ces deux mondes, servant ses ambiances glauques sur un plateau au sein duquel les différentes couches s'assemblent pour le meilleur, toujours accompagnée par une batterie ignorant la mesure pour mieux en souligner les contre temps. On en viendrait presque à regretter les parties chantées qui viennent rompre l'ambiance, mais cela ne dure que peu de temps et le plongeon qui suit n'en est du coup que plus jouissif.
Et comme si cela ne suffisait pas au bonheur des nostalgiques d'une époque somme toute assez lointaine, quelques touches de guitare floydienne, celle de la même époque, viennent de ci de là agrémenter la rêverie (The Witness), avant que tout cela ne se conclue dans une sorte de chaos contenu, invitation à prolonger le rêve (The Skies Give Meaning)
Bien que semblant sorti d'une époque révolue, ce I s'avère une véritable réussite, aussi bien par la qualité de son interprétation que par la cohérence qui émane de l'ensemble, projetant l'auditeur dans des ambiances envoûtantes qui, telle une plante carnivore, attirent leur proie pour ne plus la lâcher. Inutile de souligner que l'on se laisse volontiers prendre au piège.