Même si Electric Moon ne nous a jamais déçus, il donnait néanmoins l'impression depuis quelque temps d'être devenu prisonnier de son space rock au goût prononcé de champignons hallucinogènes, taillé pour les happenings sonores fiévreux et orgasmiques. Ainsi, "Theory Of Mind" (2015), en dépit d'un pouvoir d'évocation intact, n'apportait pas grand-chose de neuf à une discographie "bordélique" dont la pierre angulaire demeure l'inaugural et inégalé "Lunatics" (2010). Bref, les Allemands, malgré un capital sympathie loin d'être entamé, commençaient un peu à ronronner.
La (bonne) surprise que représente "Stardust Rituals" n'en est donc que plus grande. Non pas que le trio ait décidé de virer de bord, de changer radicalement de style, mais en rénovant sa signature par ailleurs toujours aussi reconnaissable, il confère une fraîcheur bien venue à ce (kraut)rock paisible et généreux aux vertus curatives évidentes, plus orientalisant que jamais à l'image de son artwork, forcément réalisé par la fidèle Komet Lulu, influence chamarrée que nourrit la présence gourmande d'un sitar bourgeonnant entre les mains d'un Sula Bassana ubiquiste, qui se charge selon ses habitudes de la prise de son comme (surtout) de la guitare et des claviers (Mellotron, orgue...).
'(You Will) Live Forever Now', longue échappée introduite par l'ensorcelant 'Astral Hitch Hike' convoque ainsi l'Orient pour un voyage de plus de vingt minutes aux confins de Katmandou, pulsatif et entêtant comme un parfum capiteux, coloré et soyeux. En une douce élévation, Electric Moon atteint le nirvana grâce à cette guitare pointilliste qui peu à peu décolle vers les étoiles, baignant dans les nébuleuses effluves tissées par des instruments qui trempent dans les eaux du Gange, jusqu'à ce final enveloppant de sonorités moelleuses.
Discrètement, la voix de la bassiste, noyée sous les effets, accompagne cette montée en puissance. C'est là la première nouveauté de "Stardust Rituals". D'abord surprenant, ce renfort vocal à une partition jusqu'à alors essentiellement instrumentale (sans en être totalement absent, le chant y était très parcimonieux) contribue à rendre ce cinquième album plus envoûtant encore que ses devanciers et ce dès 'The Loop' qui lance l'écoute de la plus belle des façons.
Après une première partie que berce tranquillement le chant de la jeune femme, le titre démarre, étirant sa trame cosmique et rituelle, rampe de lancement vers un inconnu à la fois lourd et duveteux. On tient dans cette construction tout en progression la seconde nouveauté de cet album dont l'architecture de tous les morceaux épouse cette lente montée de sève psychédélique. 'Stardust (The Picture)' incarne admirablement cette cuvée 2017, pulsation trippante et ouatée irriguée par les mélopées vaporeuses de Komet Lulu.
Avec ce "Stardust Rituals" plus structuré tout en étant toujours aussi planant, Electric Moon transcende son art hypnotique et se fend du coup de sa meilleure offrande depuis "Lunatics".