Si on exclut les EP d’enregistrements live et de bandes originales de film, Mastodon n’avait jusqu’à maintenant jamais sorti d’EP de morceaux inédits. C’est chose faite en 2017 avec la publication de "Cold Dark Place" constitué de quatre morceaux issus des sessions de travail des deux derniers albums des Américains. D'emblée, Mastodon affiche clairement sa volonté d’isoler cet EP des deux albums en question en utilisant un titre et une esthétique de couverture à l’opposé des couleurs vives et des thématiques solaires de "Once More 'Round The Sun" et "Emperor Of Sand".
Pourtant quand on écoute ces quatre morceaux c’est plus la filiation avec les deux albums cités qui saute aux oreilles que la noirceur que laisse supposer le titre et l’intrigante pochette de "Cold Dark Place". Cette parenté se manifeste par cette même facilité à rendre accessible et immédiate la virtuosité des changements thématiques que Mastodon avait commencé à peaufiner depuis "The Hunter". ‘North Side Star' en est l’exemple le plus caractéristique avec ce début sous forme de mid-tempo poussiéreux porté par un languissant Brent Hinds au chant qui explose à mi-parcours en une saccade funky au groove endiablé.
Dans une variante plus ramassée et directe, ‘Blue Walsh’, embrumé dans ses fumées psychédéliques, et ‘Toes To Toes’ qui ramène aux formats rapidement assimilables de "Emperor Of Sand" sont deux concentrés d’énergie et de mélodie bâtis autour de cadences vivifiantes et de riffs géniaux pondus par le duo de guitaristes Hinds-Kelliher. Plus l’EP s’écoule et plus la sensation d’écouter une synthèse de "Emperor Of Sand" s’affirme. Impression confirmée par la dernière ballade poignante emmenée dans sa reptation par un Brent Hinds à fleur de peau qui possède de nombreuses similitudes avec ‘Jaguar God’ qui clôturait "Emperor of Sand".
La qualité de cet EP est bluffante et bien qu’il soit très court par définition, il s’aborde comme un indispensable complément aux deux derniers albums du groupe d’Atlanta. "Cold Dark Place" est la quintessence de ce qu’est capable de composer un Mastodon soumis aux contraintes d’efficacité, de mélodie et de virtuosité technique et harmonique. Édité quelques mois après la sortie de "Emperor Of Sand", comme pour en appuyer l’impact, ce "Cold Dark Place" servira-t-il de standard pour les futurs travaux du Mastodonte ?