En matière de Rock Progressif, l'Amérique du sud compte de nombreux talents : Cast, Nexus, Tarkus, Tempus Fugit et biens d'autres. Désormais, il faudra également compter avec Aether, groupe brésilien.
A l'écoute de leur premier opus, leur origine se ressent peu, quoique le symphonique qui caractérise souvent ces groupes soit de mise. Ces brésiliens nous proposent un Rock essentiellement instrumental, Camelien de par sa rythmique, sa guitare électrique omniprésente, et sa coloration jazz que je qualifierais de Canterbury (n'en déplaise à Andrew Latimer, leader de Camel, qui lui se défend d'appartenir à ce courant). Les synthétiseurs tiennent également une place importante, et nous délivrent de longues et somptueuses nappes synthétiques (presque new age) et parfois quelques soli quand la guitare se veut prêteuse.
Le break de batterie de début du deuxième morceau vient rompre la quiétude d'un premier très synthétique, et laisse place à la marque de fabrique du groupe, c'est à dire une musique à la coloration décrite précédemment, et une rare intelligence dans la gestion des harmonies et des émotions... Arrangements somptueux.
Les percussions de "Whales" pourraient très bien être extraites du "Nude" de ... Camel. De même le quatrième morceau, qui laisse découvrir une voix juste (en anglais) et parfaitement appropriée ( j'en regrette presque qu'il n'y ai pas plus de chant !!! ), pourrait bien être signé A.Latimer. Il contient de superbes échanges synthétiseur-guitare électrique, qui se répètent pour notre plaisir, tout au long du disque. Point de saxophone, ni de clarinette (donc pas de anche brésilienne ... gag), mais reste intéressant de noter l'utilisation de violon électrique, mais également d'instruments acoustiques tels que flûte ou encore le piano. Les musiciens usent de tous les artifices progressistes : bruitages divers, changements de rythmes, passage de musique classique etc...
Seul "Voices From The Past", aux voix dissonantes dans la tempête, provoque sur ma personne une minute et demie d'indifférence. Pas de quoi s'alarmer. L'ensemble n'est pas non plus d'une cohérence parfaite, mais il s'agit ici d'un premier album. Soyons tolérant, surtout au regard du plaisir que procure son écoute.
En conclure qu'Aether n'est qu'un clone de Camel, parmi tant d'autres, serait une grossière erreur. Sur cet album, les brésiliens jettent les bases de leur musique, et je peux vous dire qu'elle a son identité propre. Amoureux des guitares planantes et des atmosphères éthérés, ce disque d'une rare délicatesse vous tend les bras.