Cruskin, les sonorités de ce nom étrange nous inviterait à regarder outre-Manche, d'autant que la langue privilégiée par le groupe est celle de Shakespeare. Pourtant, ce trio est bel et bien français. Avec son troisième album, ''Time To Rise'', il compte bien s'élever au-dessus de la mêlée.
Dès l'envoi de la lecture, l'auditeur se trouve accueilli dans un monde synthétique, avec des rythmiques inquiétantes et insistantes proches de Depeche Mode ('Time To Rise' et son début cinématographique) : bienvenue dans un esprit 80's revisité à la sauce moderne. A première vue, l'auditeur pourrait être écœuré de ces formations qui adoptent des atmosphères rétro en guise de cache-vide. Mais ici, ce procès serait prématuré car la musique de Cruskin n'est jamais facile et privilégie les belles mélodies. Une folie électro alliée à un fort esprit rock vous invitera à vous lancer dans l'exploration d'un royaume oppressant ('Come Back' et ses couloirs ténébreux, l´hypnotique et déconcertant 'Let Me See Your Love', 'Frozen' et une guitare jamais en retenue, l´asphyxiant 'Dreaming' dont l´ambiance rappelle un peu Kerli). La créativité du groupe bouillonne à l'image du rouleau-compresseur 'No Regret' avec un riff étincelant proche de 'Helter Skelter' des Beatles qui s'aventure dans un territoire où le rock se fait plus frontal. Sur un autre versant 'I Found You' et 'The Runner' (avec des percussions inquiétantes) se font plus pop et (faussement) sautillants et pourraient faire le bonheur des radios.
Pour peupler ces atmosphères de chant, Cruskin a un atout dans sa manche : une chanteuse envoûtante à la voix proche de Dolores O´Riordan (surtout sur ses albums solos), une voix claire, avec un anglais parfait sans accent frenchy. Cette voix à fleur de peau nous met du baume au cœur, surtout à une époque où les chanteuses se contentent le plus souvent de ruiner l´émotion en hurlant. Sur 'Intoxicated', on voudrait prendre l'interprète par la main, les couplets dégageant une timidité, voire une fragilité. Mais contre toute attente, une généreuse débauche d'énergie sur les couplets fédérateurs à grands renforts de percussion (avec parfois l'usage du Vocoder) surprend agréablement l'auditeur (à ce titre, la recette est éventée sur 'Burning Away' qui sonne comme un doublon). Sabrina Pedroso semble incarner des personnages plus qu'interpréter un texte, mutine sur 'Let Me See Your Love', flottante sur 'Frozen', quasi céleste et mélancolique sur la ballade 'Narrow', petit joyau symphonique.
En 2018, entre rock et musiques synthétiques, Cruskin nous pose la question : peut-on encore trouver de l'émotion dans ce monde froid et moderne ? A l'écoute de ce petit chef-d'œuvre, nous sommes tentés de répondre : oui, la quête de la mélodie a été accomplie par un groupe généreux qui nous invite à voyager dans notre époque et retrouver ces petites étincelles qui nous font tendre l'oreille vers une musique que l'on décriait comme facile.