C’est avec un bonheur non feint que l’on retrouve les Français de Step In Fluid. Un bonheur proportionnel au nombre d’années qui sépare ce bien nommé "Back In Business" du premier disque "One Step Beyond" qui nous avait grandement enthousiasmé. Pour ce deuxième album la tête pensante du groupe Harun Demiraslan s’est entourée des mêmes talents tout en ajoutant le savoir-faire de Gerald Villain aux claviers et à la programmation.
En enclenchant la lecture, on est instantanément transporté par la signature jazz-core mutant du groupe qui n’a pas disparu durant ces huit ans de break. Step In Fluid demeure ce creuset dans lequel s’opère la combinaison de tranchantes saturations de guitare metal et d’éléments issus de musique plus soft comme le funk et le jazz, le tout rehaussé d’une grosse dose de groove. Cet assemblage à haute température créé un alliage original et particulièrement contrasté qui fait la marque de fabrique du combo depuis ses débuts.
Aucun temps mort n’est observé dans cet opus court (trente minutes) mais bien garni d’une grande variété de styles. Step In Fluid envoie des giclées de sa fusion qui puise dans le passé avec les funky ‘Booty Shake’, au titre très explicite, et ‘Streets Of San Francisco’ qui débute toutes sirènes hurlantes pour nous plonger dans les sonorités très marquantes des années 80. Autre genre phare de ces années le jazz-rock apparaît dans les langoureux ‘Westside Step’ coloré de tonalités west-coast et ‘Sex In An Elevator’ aux claviers analogiques très expressifs. Et si on tend bien l’oreille on entendra aussi quelques nuances de Steve Vai, phénomène aussi né dans la décennie, dans la fin dantesque de ‘Sex A Pile’.
Rapidement l’écoute révèle un Step In Fluid à l’envie et la fraîcheur intactes qui a utilisé ces huit longues années à bon escient pour affiner, peaufiner et améliorer la recette déjà fortement réussie de "One Step Beyond". Tout cela passe par de subtiles différences comme un son de batterie dont le claquant s’équilibre de plus de rondeur ou le troc d’accointances urbaines hip-hop pour un vaste échantillon d’instruments (la flûte de ‘Sex In An Elevator’ et les percussions ethniques de ‘Sex A Pile’ et ‘The Stranger’) et de textures de claviers électriques, analogiques ou acoustiques (le superbe piano de ‘The Stranger’ qu’on croirait joué par Lyle Mays) qui apportent du même coup tout un panel d’ambiances.
‘The Stranger’ et ‘From A Friend’ sonnent à la manière d’un jazz composé par Pat Metheny avec un côté épique pour le premier et une voluptueuse chorégraphie de piano et de saxophone pour le second tandis que l’excellent ‘The Funk Bot Dance’ nous plonge dans un univers étrange avec ses imposants claviers à la Carpenter Brut et ‘Westside Step’ distille ses vapeurs psychédéliques. Le supplément de finition apporté à cet album se lit aussi dans la présence par trois fois de soli de guitare jouissifs de la paire Demiraslan-Guadagnino (‘Streets Of San Francisco’, 'Sex A Pile' et ‘The Stranger’) qui viennent en même temps pallier une absence que l’on avait pu constater dans le premier album.
Le talent de composition jaillit de nouveau avec Step in Fluid mais si "One Step Beyond" brillait par son côté intuitif et spontané, "Back In Business" paraît plus travaillé et affiche des arguments harmoniques et mélodiques plus aboutis. Et que dire des musiciens sinon que les fortes individualités (mention toutefois à Florent Marcadet, un des tout meilleurs batteurs actuels) se fondent parfaitement dans le collectif au bénéfice de la musique. Après la claque "One Step Beyond" il y a huit ans, le revers de la main revient encore plus fort et plus vite pour la gifle millésimée 2019.