Le sextet britannique Kentish Spires fait paraître son deuxième album en deux années avec "Sprezzatura". Le style reste arrimé à la scène Canterbury, appuyé sur des instruments à anches et à vent, et accompagné, aux dires du groupe, d’une voix féminine puissante. La formation a légèrement évolué, intégrant un vrai batteur et surtout changeant de responsable des instruments à vents avec l’arrivée de Chris Egan.
L’école Canterbury est immédiatement reconnaissable dès les premiers accords, avec la présence prééminente du sax sur un fond légèrement jazzy et une production assez vintage notamment dans les sonorités de batterie. Tant que les Kentish Spires restent dans ce domaine, l’exécution est propre, légère comme il convient au style, et donne des passages de bonne tenue ('Overture', 'Don’t Shoot at the Albatross', l’entame de 'Horsa…', 'You Better Shut Your Mouth'). Sur certaines pièces se retrouve le ton de certains albums de Camel ("Moonmadness", "Breathless"), notamment dans les sonorités de synthé qui sentent bon le milieu des 70’s, même si le groupe revendique des tons plus modernes (le solo vers la fin de 'Never Tell on You' revêt même des allures manfrediennes !). Le sax se taille la part du lion, avec de jolis passages en douceur (la fin de 'The Long Goodbye').
Mais les Kentish Spires n’ont (malheureusement) pas voulu se limiter à ce qu’ils font le mieux. Ainsi apparaissent des titres ou des parties de titre au ton plus pop, en fait dès que le chant intervient. Et là, le groupe perd de l’identité, avec des airs convenus, sans surprise, témoin ce 'Never Tell on You', pas mal sur les parties instrumentales, beaucoup plus quelconque dès que le chant intervient. Et ce chant n’est pas exempt de reproches : s’il possède un ton original, tranchant avec les habituelles tessitures soprano auxquels la plupart des chanteuses nous ont habitués, il passe en force ('The Long Goodbye', fatigant), n’est pas toujours bien assuré et ne possède pas de charme particulier ('The Wishing Well'), reléguant les parties vocales en division inférieure. L’idée de faire intervenir un chanteur masculin au début du même 'Long Goobbye' est encore plus pénalisante : le chant n’est pas plus assuré, et passablement faux de surcroît.
Quitte à paraître plus monostyle, les Kentish Spires auraient tout intérêt à se restreindre à ce qu’ils font bien : dans les parties Canterbury, on sent un vrai plaisir de jouer ensemble ('You Better Shut your Mouth' ou 'Don’t Shoot…' et son shuffle rigolo). Ce n’est déjà pas si mal, mais pas suffisant pour atteindre la zone "recommandé"…