Rien ne semble arrêter l’appétit de musique de Mike Portnoy, pas même un virus mondial qui amène à un confinement généralisé. Dernier projet en date un tribute band nommé BPMD (avec les initiales de ses membres) formé avec le chanteur Bobby Blitz (Overkill), le bassiste Mark Menghi (Metal Allegiance) et le guitariste Phil Demmel (Machine Head). L’idée est de prendre dix standards de rock des années 70 et d’en faire une interprétation sévèrement burinée.
Si le maître mot de ce projet est le plaisir, c’est aussi un hommage rendu à une époque musicale fondatrice. Les musiciens de BPMD se connaissent, ils ont participé pour la plupart à Metal Allegiance, et ça s’entend, le groupe fonctionne comme une belle mécanique américaine de collection à laquelle on aurait ajouté quelques chevaux en plus. L’énergie est bien évidemment au rendez-vous, avec un Blitz aux avant-postes pour insuffler un peu d’excentricité avec son timbre atypique (‘Wang Dans Sweet Poontang’), mais le degré de hargne n’altère que rarement la partition originale, que BPMP s’astreint à suivre scrupuleusement la plupart du temps. Ce qui fait qu’il n’y a aucun raté évident ni aucune faute de goût majeure dans "American Made".
BPMP applique les mêmes sons d’instruments et ne s’embarrasse pas des détails. Ainsi, les versions metal apportent plus de mordant dans le ‘Saturday Night Special’ de Lynyrd Skynyrd, ‘Never In My Life’ de Mountain dans lequel Blitz est comme à la maison ou ‘Toys In The Attic’ d’Aerosmith, et dépoussière véritablement le ‘Walk Away’ de James Gang. Mais un ‘D.O.A’ est pour le coup plus lourdaud que l’original de Van Halen, même si les chœurs sont plutôt bien respectés, à l’inverse de ceux du refrain de ‘Walk Away’. Et si la reprise metal de ‘Tatto Vampire’ ose une relecture plus audacieuse, cela gomme toutes les nuances de l’original du Blue Oyster Cult dans les sonorités et les subtilités des refrains.
"American Made" est un disque de passionnés, ce qui transparaît dans l’écoute. Mais la moulinette metal ne fonctionne pas automatiquement, ce qui prouve que la musique colle souvent parfaitement à son époque et ses codes d’interprétation. La vertu de ce genre d’albums qui est de rendre vivace un héritage pour donner envie d’entendre des classiques est pour le coup efficiente. "American Made" révèle aussi, s’il fallait encore s’en convaincre, que le rock (des années 70 notamment) traverse les âges en se bonifiant.