Quatrième album des Finlandais de The Rasmus, "Into" marque un tournant décisif dans la carrière du groupe. Exit en grande partie les expérimentations funk-rock et les élans encore adolescents des débuts. Ici, le combo d’Helsinki affine son identité et plonge avec conviction dans un rock alternatif émotionnel et diablement accrocheur. "Into", c’est ce moment précis où la mélancolie cesse d’être diffuse pour devenir une arme mélodique. A noter également que c’est le premier opus avec Aki Hakala à la batterie, qui a remplacé Janne Heiskanen.
Dès ‘Chill’, le ton est donné. Groove lancinant, tension sous-jacente, Lauri Ylönen pose sa voix presque juvénile comme une confession à demi-mot. La formation joue sur les contrastes, entre retenue et explosions contrôlées, et cette recette fait mouche. ‘F-F-F-Falling’, sans doute l’un des titres les plus emblématiques de l’album, illustre parfaitement cette alchimie avec un refrain imparable, une montée en puissance progressive et cette sensation persistante de chute émotionnelle, aussi grisante que douloureuse. Ce n’est pas pour rien que ces deux titres seront les deux premiers gros hits du quatuor.
Mais "Into" ne se limite pas à ses pièces les plus immédiates. Des gemmes comme ‘Liquid’ ou ‘Last Waltz’ révèlent une facette plus introspective, presque fragile, où les ambiances se font plus aériennes, parfois oppressantes. Le combo y explore les tourments intérieurs avec une sincérité palpable, sans jamais sombrer dans le pathos. Même lorsque le tempo s’accélère, comme sur ‘Smash’, une forme de mélancolie tenace continue de hanter chaque note.
Avec "Into", The Rasmus signe un album charnière, à la fois sombre et accessible, viscéral et maîtrisé. Un disque qui ne cherche pas à briller par la démonstration, mais qui s’impose par son atmosphère, sa cohérence et son sens de l’accroche. Il est le témoignage d’un groupe en pleine mutation, prêt à embrasser l’ombre pour mieux y trouver sa lumière.