Rares sont les œuvres à autant mériter leur patronyme que "Back To Back" de Status Quo. Après les années glorieuses du boogie ravageur et une succession d'albums qui avaient installé Rossi, Parfitt et leur fameux mur de guitares au sommet du rock britannique, le Quo aborde 1983 avec une formation déjà fragilisée. John Coghlan est parti et Pete Kircher occupe désormais le fauteuil derrière les fûts. Mais surtout, les tensions entre Francis Rossi et Alan Lancaster ne cessent de s'accentuer. Et cela s'entend. Produit par le groupe lui-même, il cherche manifestement à lui donner un nouveau souffle avec un son plus moderne. Le problème, c'est que Status Quo n'a jamais vraiment eu besoin de modernité pour être efficace. Son fonds de commerce, c'est le riff, le groove, les deux six-cordes qui se répondent et cette capacité presque insolente à transformer trois accords en hymne à reprendre une bière à la main. Ici, la recette ne fonctionne que par intermittence.
Au rayon des réussites, ‘A Mess Of Blues’, reprise d'Elvis Presley, rappelle qu'en matière de rock'n'roll, les Anglais savent encore parfaitement y faire. Changement de décor pour ‘Ol' Rag Blues’, qui conserve une ossature très Status Quo mais se pare d'une tonalité beaucoup plus typée années 1980. Grosse batterie, grattes mise en avant, son plus brillant, on sent le combo vouloir regarder devant plutôt que dans le rétroviseur. Cela fonctionne plutôt bien, même si les vieux fans pourront légitimement regretter cette production qui gomme une partie du côté brut qui faisait le charme du Quo. Ironie de l'histoire, la chanson avait initialement été enregistrée avec Alan Lancaster au chant avant que la version de Francis Rossi ne soit retenue pour le disque et le single. De son côté, ‘Can't Be Done’ possède les ingrédients habituels et remplit le cahier des charges pour nous faire taper du pied. Enfin, ‘No Contract’ vient mettre un peu de mordant dans la machine. Plus lourd, plus tendu, porté par Rick Parfitt, le morceau rappelle que les deux guitaristes sont toujours capables de sortir quelques riffs qui font immédiatement mouche.
Le reste est malheureusement beaucoup moins convaincant. Si certaines pièces réussissent à surnager (‘Win Or Lose’, ‘Stay The Night’), ‘Marguerita Time’ est probablement le titre qui symbolise le mieux le dilemme auquel Status Quo est confronté à cette époque. Plus léger, plus pop, beaucoup moins marqué par le boogie traditionnel, il va pourtant rencontrer un joli succès en single, jusqu'à atteindre la troisième place des charts britanniques. Mais commercial ne veut pas forcément dire enthousiasmant, et ce moment digne d’un bal populaire du samedi soir laisse forcément sur le bord de la route une partie des amateurs. Avec ses claviers kitschissimes, il est rejoint par ‘Going Down Town Tonight’ dont l’énergie ne suffit pas à rattraper des sonorités dignes d’un vieux Botempi. Heureusement que la réédition remasterisée de 2006 viendra rajouter l’excellentissime ‘The Wanderer’ en bonus pour relever une fin d’album nous laissant dans l’expectative. Concernant cette version plus récente, il est également à noter, parmi les bonus offerts, la version originale de ‘Ol’ Rag Blues’ interprétée par Lancaster.
Si ‘Back To Back’ contient suffisamment de bons riffs et de morceaux efficaces pour éviter le statut de mauvais album, il est néanmoins le témoignage d'un Status Quo à la croisée des chemins. Coincé entre l'héritage de son âge d'or et la volonté de survivre dans une décennie qui ne lui ressemble déjà plus vraiment, il verra Alan Lancaster et Pete Kircher quitter les rangs du combo qui se séparera momentanément peu après la tournée qui suivra. Le boogie est toujours là, les guitares aussi, mais la magie s'est quelque peu évaporée. Un opus de transition, pas honteux, parfois même franchement agréable, mais qui paraît bien pâle lorsqu'on le place à côté des monuments que le groupe favori du Prince Charles (il n’était pas encore roi à l’époque) avait alignés quelques années auparavant.