Un premier petit signe de vie en 2016 et puis plus rien. Il aura fallu presque sept ans pour voir finalement They Grieve accoucher d'un véritable album longue durée. Le groupe se réduit à un duo, bâti par deux anciens membres du défunt Alaskan. Post metal et sludge atmosphérique définissent l'identité d'un projet qui en égrène tous les invariants habituels : désespoir poisseux qui exsude d'un chant rageur, ambiances lourdes et sévères évidées par des guitares polluées, tempo suffocant...
Aucune trace de joie là-dedans mais au contraire une tristesse punitive qui confine à une forme d'affliction funèbre. Les rares velléités lumineuses se voient constamment brisées, avalées par le magma terrassant d'une inexorabilité déprimante qui emporte tout. C'est peu dire que "To Which I Bore Witness" est capable de plonger une belle journée ensoleillée dans une marée noire, d'éveiller chez celui qui le déflore une impression d'abattement, un cafard absolu, une morosité contre laquelle on ne peut rien faire.
Les synthétiseurs jouent un rôle déterminant dans cet océan de désolation, ils tissent une mélancolie plombée grâce aux sonorités taciturnes d'un piano grêle ('Guided'). Sur ce socle pénitentiel aux confins du drone ambient ('Wither') se figent ces vocalises hurlées qui ruminent toute l'amertume haineuse de l'humanité tandis que guitares, pointillistes ou massives mais toujours prisonnières d'une croûte terreuse, et percussions engourdies sont à l'unisson de cette austérité doloriste.
Dans cette œuvre au noir, il n'est pourtant pas interdit de déceler malgré tout une sourde beauté, comme l'illustre ce 'Weakness' vertigineux dans sa force tellurique, véritable bathyscaphe qui s'abîme peu à peu dans les entrailles d'une douleur infinie. Dans ces émotions funéraires et cette tristesse jusqu'au-boutiste réside la personnalité des Canadiens dont le post metal finalement presque plus proche du funeral doom se pare d'une puissance dramatique inouïe.
On ne sort pas indemne de "To Which I Bore Witness" qui vous remue les tripes, ravive des souvenirs enfouis et gronde d'un désespoir contemplatif. Sous les atours éprouvés d'un sludge atmosphérique, They Grieve hybride la souffrance rageuse du post metal à la détresse tragique du doom pour un résultat superbe de pénitence et de beauté contrite.