Au commencement du Mal, il y avait la trinité impie constituée de Venom, Bathory et Hellhammer. Le dernier des trois n’a connu qu’une existence éphémère, sabordé au bout de deux ans par Tom G. Warrior et Martin Ain qui lanceront dans la foulée Celtic Frost, mais son influence est considérable et on ne compte plus les groupes qui se revendiquent de son héritage. Le fait qu’il n’ait gravé entre 1982 et 1984 qu’une poignée d’hosties (trois démos, l'EP "Apocalyptic Raids" et un split partagé avec Helloween, Running Wild et Dark Avenger) et les conditions même de leur enregistrement, rudimentaire à bien des égards, à une époque où on ne parlait pas encore de black metal, ont largement contribué à façonner l’aura culte qui drape Hellhammer, figure matricielle de tout un courant musical.
Quarante ans plus tard, Tom G. Warrior est toujours hanté par ce nom venu du passé auquel il doit tout, comme il l’admet volontiers. Sans Hellhammer, il n’y aurait eu ni Celtic Frost ni Tryptikon et même Thomas Gabriel Fisher ne serait sans doute pas devenu Tom G. Warrior. Pour rendre hommage à ses balbutiements et répondre à la frustration de n’avoir jusqu’alors jamais pu interpréter sur scène ces psaumes fondateurs de l’art noir, l’homme fonde en 2018 le groupe Triumph Of Death (du nom de la deuxième démo de Hellhammer) et s’en va arpenter les festivals pendant plusieurs années. De ces cérémonies est tiré ce live baptisé "Resurrection Of The Flesh", capturé au printemps 2023.
Bien sûr, ce n’est pas vraiment Hellhammer. Des membres historiques, seul le chanteur et guitariste prend part à la célébration et lui-même n’est plus le gamin (il avait à peine vingt ans) qu’il était alors. Mais l’âme du pré Celtic Frost est bien là, palpable, qui jaillit de ce rituel dont il incarne le précieux témoignage scénique. A son écoute, on mesure aussi combien Triptykon a laissé des traces, des stigmates, dans la façon dont le maître des lieux exprime désormais son art (noir). Ainsi, l’interprétation de ces reliques se pare d’une dimension mortifère et abyssale voire franchement doom, témoin ce ‘Temple Of Death’ long de plus douze minutes engourdies, prisonnière d’une gangue ténébreuse. Quoique toujours gorgés d’une sève cryptique, les morceaux de Hellhammer ont perdu en violence apocalyptique ce qu’ils ont gagné en atmosphères malsaines et en puissance tellurique, à l’image du chant de Tom G. Warrior qui semble résonner depuis les profondeurs de la Moria.
Alors que son legs morbide lui a permis de triompher de la mort, Hellhammer ressuscite à travers Temple Of Death dont "Resurrection Of The Flesh" ravive l’âme et l’esprit en plongeant son black thrash préhistorique dans les abîmes d’un doom plus caverneux encore. Manière pour son démiurge de tourner définitivement cette page de son passé, écrite à l'encre noire d'un genre encore en gestation.