Avec "Blessed & Depressed", Whereafter livre un premier album à la fois dense et concis : 13 titres pour seulement 32 minutes de musique. Un condensé d’énergie où le rock alternatif aux riffs tranchants se mêle à quelques touches de scream, sans révolutionner le genre mais en cherchant son identité dans une approche immersive et introspective.
L’album s’ouvre sur 'Let’s Talk', une introduction qui ressemble à un protocole d’entrée. Une voix grésillante, comme captée à travers un vieux transistor, énonce des consignes, donnant l’impression que l’auditeur s’apprête à plonger dans une expérience psychologique. Puis vient 'Blind Heart', le single, qui surgit comme une décharge d’énergie brute, premier véritable test de cette immersion : riffs acérés, tension palpable, refrain accrocheur, voix rocailleuse, le groupe ne fait pas dans la demi-mesure.
Dès lors, "Blessed & Depressed" oscille entre moments d’impact et instants de respiration. 'Familiar', 'Shadow Circus' et d’autres titres déploient une intensité constante, soutenue par une alternance avec des interludes plus aériens ou immersifs. Ces derniers ne sont pas de simples transitions : ils renforcent le dynamisme du disque et ajoutent une couche d’ambiguïté à l’ensemble, comme si chaque pause faisait partie du processus, à l’image de Dredg sur "El Cielo". Cependant, si cette mécanique fonctionne, elle peine parfois à atteindre la même profondeur émotionnelle que ses références.
Mais c’est dans son final que l’album dévoile toute son étrangeté. 'Crooked Line', ballade acoustique épurée, vient soudain briser la tension accumulée. Son dépouillement tranche radicalement avec l’ambiance électrique du disque, comme si, après l’intensité de l’expérience, un moment de recul était nécessaire. Puis survient 'You Are Not Alone', et tout bascule. Ce dernier morceau sonne comme un message venu d’une autre époque, un air échappé des années 1930 ou 1940, dont l’étrangeté dérange autant qu’elle fascine. Est-ce une conclusion réconfortante ou la dernière illusion d’un monde qui s’effondre ? L’atmosphère rétro confère au titre une dimension presque post-apocalyptique, évoquant l’univers de Fallout, comme si tout l’album n’avait été qu’un programme, une simulation aux frontières de la conscience.
"Blessed & Depressed" ne cherche pas à redéfinir le rock alternatif, mais il réussit à proposer une approche immersive intrigante. Une mécanique parfois inégale, mais qui prouve que Whereafter possède une vision et sait jouer avec les codes pour mieux brouiller les repères. Une première tentative imparfaite mais audacieuse, qui donne envie de voir jusqu’où le groupe pourra pousser son concept à l’avenir.