Nous avions découvert Hanibal Death Machine en 2019 lors de la sortie de son album "À bout de souffle". Le groupe originaire de Montauban mettait en avant des rythmiques indus soutenues par des textes rageurs en français. Covid oblige, une pause avait freiné l'élan de cette formation prometteuse qui avait accompagné sur scène Black Bomb A, Psykup ou encore Sidilarsen. Ce n'est donc que partie remise puisqu'à la fin de l'année 2024 sortait un album au titre quelque peu énigmatique : "Éclipse Anthropocène".
Ce premier album se place dans la continuité des Eps sortis précédemment
mais avec une optique plus proche du dark metal. Les guitares sont plus
tranchantes, la section rythmique plus implacable : Hanibal Death Machine ne
ménage pas son auditeur. Sa
musique claque comme une gifle dans une atmosphère volontairement
viciée, irrespirable et asphyxiante mais jamais plombante. L'adhésion est immédiate et l'on pourrait se surprendre de taper du pied ou à reprendre en chœur les refrains implacables de 'Planète Bleue' ou d''El Horror'. 'Dernière chance' et 'Stupid' démarrent de façon faussement apaisée, une manière
de permettre de reprendre son souffle avant de retrouver le délicat fumet du cloaque. Sur 'Mon Cadavre', single justifié, le groupe tente - encore timidement - de sophistiquer sa musique, en nous plongeant encore plus le nez dans l'horreur avec une construction qui esquisse la figure d'un labyrinthe.
Pour rappel, l'anthropocène évoque l'émergence d'une nouvelle ère géologique sur action de l'homme. Hanibal Death Machine s'intéresse dans cet album à la sixième extinction - dite de l’Holocène - l'extinction massive des humains et des espèces : tout un programme ! Les textes chantés principalement en français sont assez significatifs et accablants, d'autant que le guide vocal de ce tableau d'agonie possède une voix grave assez claire, hurlant et growlant avec parcimonie. Le propos pourrait paraître alarmiste si les Montalbanais n'avaient pas fait saillir une veine noire poétique.
Hanibal Death Machine a commis un excellent album, très prometteur et assez riche thématiquement. Sa courte durée (moins de 35 minutes) ne devrait pas être rédhibitoire tant il faut écouter et réécouter l'opus pour saisir une belle formule et adhérer à une ambiance noire. De l'indus à visage humain.