"Innerdeeps" est un album déstabilisant, autant par sa maturité déconcertante pour un premier opus que par sa production énorme qui rivalise d'emblée avec bon nombre des meilleures sorties récentes en matière de metal moderne. Pour son premier long format, Royal Sorrow déboule donc avec la ferme intention de prendre sa place sans attendre au sein d'une scène metal prog déjà bien fournie, avec un mélange ultra-efficace et très abouti d'accessibilité, de punch et de compositions soignées.
La force du groupe finlandais réside dans des titres ciselés, des transitions travaillées au millimètre, des claviers subtils, des changements rythmiques parfaitement amenés et surtout le chant de Markus Hentunen qui constitue l'argument massue de l’album. Sa voix porte l'ensemble avec une autorité impressionnante, naviguant entre passages cristallins d'une pureté troublante et montées agressives parfaitement dosées. Cette capacité à passer des couplets aériens de ’Evergreen’ à la puissance de ceux de ‘Give In’ sans jamais perdre en intensité ni en justesse force le respect. Et puis il y a ces refrains accrocheurs (‘Samsara’) qui restent instantanément en mémoire et qui sont, à n’en pas douter, l’atout majeur de "Innerdeeps".
Royal Sorrow parvient ainsi à conférer à sa musique une identité propre, sans masquer ses principales influences, notamment VOLA, TesseracT et Leprous dans une moindre mesure. Certes, "Innerdeeps" ne révolutionne pas le metal prog moderne, mais s’avère une synthèse particulièrement réussie de ce qui fonctionne dans le genre aujourd'hui, entre riffs tranchants, basse ronflante (‘Survival Complex’), ambiances texturées et solos mélodiques (‘Bloodflower’).
Avec cet album d’une grande fluidité et d’une fraicheur revigorante, Royal Sorrow frappe un grand coup et s'impose d'emblée comme un groupe de metal prog moderne à suivre de près.