Quand
on aligne dans un même projet des
garçons ayant
côtoyé
Michael Schenker, Whitesnake, Foreigner, Dokken et
Mr. Big, on
pourrait s’attendre à voir jaillir
des étincelles.
Avec une telle équipe, il y a de quoi se frotter les mains
d’impatience lors
de la sortie d’une nouvelle livraison.
Oui mais voilà : l’exécution
technique
ne fait pas tout,
et composer demeure un art à part entière. Sous la bannière du hard rock
mélodique, la mélodie
est bien
entendu reine,
et
impitoyables sont ses fans quand il s’agit de juger du niveau
addictif d’une rengaine. Qu’en est-il donc de la qualité des ritournelles
de "Paralized", ce nouveau Black Swan, troisième du nom ?
Question
interprétation, vu le talent des protagonistes, il y avait peu de
souci à se faire.
Musicalement,
il est donc difficile de prendre le groupe en défaut. Les guitares
de Reb Beach sont tranchantes, emplies de maîtrise et parfois, sur
certains soli, vraiment mélodieuses. Quant à la section
Pilson/Starr, elle assure une assise calibrée. Le cœur du débat
reste en fait la performance de McAuley. A plus de soixante-dix
printemps, l’Irlandais impressionne depuis longtemps par son
engagement. Son timbre râpeux marque les structures de son empreinte
aisément reconnaissable. Mais il donne l’impression de pousser
constamment la machine, de cravacher ses cordes vocales jusqu’à
l’usure. Cette rugosité, à force d’être assenée à l’envi,
finit par égratigner les tympans. L’intensité permanente portant
ses élans vocaux confine à une forme de surjeu desservant des
chansons qui, déjà, sont plombées par un manque d’allant
mélodique.
Car
c’est bien là où
Black Swann se plante en beauté. Mis
à part 'When The Cold Wind Blows', proche de ce que proposait Grand
Prix (le premier combo du chanteur), et le titre éponyme, qui parfois
ramène à Ozzy Osbourne, les compositions n’accrochent pas. Certes, quelques
passages groovent (sur 'Shakedown' et 'The Fire And The Flame' notamment)
mais sans permettre
aux pièces
de réellement
décoller. La
très grande majorité des
morceaux, lestés par des refrains d’une banalité déconcertante,
sont aux antipodes d’imprimer durablement. C’est
carré, ça joue... mais quel
manque d’inspiration
accrocheuse
tout
au long de ses partitions qui devraient s’avérer fédératrices et
mériteraient d’être reprises à tue-tête !
En
matière de supergroupes, Black Swan n’était pas, jusque-là,
considéré comme faisant partie de la cour des grands. Une chose est
sûre après ce troisième essai, un classement en milieu de tableau
serait déjà bien payé. On était en droit d’attendre un vol plus
majestueux de ce sombre volatile.