Avec "World Maker", Psychonaut franchit un cap décisif. Plus épuré que "Violate Consensus Reality", ce nouvel album gagne en impact et en cohérence, en assumant pleinement une écriture post-metal progressive, massive et méthodique, très représentative de la scène belge actuelle. Ici, tout est question de construction, de tension prolongée et de lourdeur contrôlée.
‘Endless Currents’ est le premier véritable point d’ancrage du disque. Ce morceau incarne parfaitement l’esthétique de "World Maker". Le riff principal avance par cycles, presque mécaniquement, soutenu par une batterie droite et implacable. Cette approche évoque immédiatement Hippotraktor : même sensation de blocs sonores qui se déplacent lentement, même écriture progressive sans emphase émotionnelle excessive. Psychonaut privilégie ici la pression constante plutôt que l’explosion, donnant au morceau une force presque hypnotique.
‘And You Came with Searing Light’ est probablement l’un des sommets émotionnels de l’album. Plus nuancé, ce titre montre la capacité du groupe à intégrer des respirations atmosphériques sans rompre la tension globale. Les guitares s’ouvrent, laissent passer une lumière diffuse, avant de replonger dans une lourdeur dense et enveloppante. La filiation avec The Ocean est ici particulièrement perceptible, notamment dans cette manière d’articuler introspection et puissance, sans jamais tomber dans le répétitif.
On ne peut passer à côté du monstre qu’est ‘Origins’, un début lent presque contemplatif, avec des percussions indiennes qui donnent un air très Tool, avec une montée progressive jusqu’à une catharsis explosive. C’est rare d’avoir des morceaux instrumentaux aussi percutants : démonstration -s’il le fallait- de la vraie personnalité du groupe.
‘Stargazer’ quant à lui est sans doute le morceau le plus représentatif de la maturité atteinte par Psychonaut. Long, patient, presque cérémoniel, le titre repose sur une montée lente et implacable, où chaque variation rythmique ou harmonique a un rôle précis. La lourdeur n’est jamais chaotique : elle est canalisée, pensée comme une progression logique. On retrouve ici une écriture très architecturale, proche du post-metal progressif moderne, où la répétition devient un outil narratif plutôt qu’un simple effet.
Sur "World Maker", Psychonaut abandonne une partie de la fougue brute de ses débuts au profit d’une maîtrise totale de la dynamique. Le chant, majoritairement hurlé mais toujours mesuré, se fond dans l’ensemble au lieu de le dominer. La production, claire et massive, renforce cette impression de bloc sonore homogène, où chaque instrument participe à la construction d’un même mouvement.
Sans chercher à révolutionner le genre, "World Maker" s’impose comme un album solide, réfléchi et profondément cohérent, qui place Psychonaut aux côtés des formations les plus sérieuses du post-metal progressif européen. Un disque qui s’apprécie dans la durée, par immersion, et qui confirme que le groupe a trouvé sa voie définitive.