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"Avec "Angel", Unprocessed amorce un virage metalcore plus conventionnel mais finalement plus dispensable que son génial précédesseur "…And Everything In Between"..."
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3/5
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Il y a des groupes qui progressent et d’autres qui évoluent. Unprocessed appartient résolument à la seconde catégorie. Depuis Wiesbaden, la formation allemande menée par le charismatique Manuel Gardner Fernandes n'a cessé, album après album, de repousser ses propres limites. Après l'excellent "…And Everything In Between", disque dense, tordu, bourré de moment djent qui vous cisaillaient les neurones et qui semblait venir d'une autre planète, les voilà de retour avec "Angel", sixième opus studio sorti en ce Halloween 2025. Le cadeau est réel. Mais il appelle quelques nuances.
Commençons par où ça brille et ça brille souvent. "Angel" représente un bond en avant dans l'écriture pure, avec une immédiateté et une profondeur que peu de disques parus en 2025 peuvent revendiquer. Le groupe élargit sa palette sonore avec des textures plus lourdes et un lyrisme plus émotif et intime, et cette évolution produit de vrais moments de grâce.
L'ouverture avec ‘111’ est une déclaration d'intentions : le titre alterne riffs ultra-violents en couplets et refrains atmosphériques aux teintes pop. ‘Sleeping with Ghosts’, ‘Beyond Heaven's Gate' et ‘Sacrifice Me’ enchaînent avec des moments mémorables : breakdowns dévastateurs, mélodies planantes, rythmiques angulaires et groove puissant. ‘Snowlover’ s'impose comme le sommet évident du disque : un lick d'une simplicité trompeuse et le meilleur refrain de tout l'album. ‘Your Dress’ surprend avec ses vocaux hantés et ses synthés rêveurs, tandis que la clôture ‘Dark, Silent and Complete’ plonge en son milieu dans un ambiant synthwave inattendu avant de revenir à des riffs futuristes néon : sans doute le moment le plus Unprocessed de tout le disque, celui où le groupe retrouve son instinct le plus imprévisible.
Les collaborations méritent aussi leur éloge. ‘Head in the Clouds’ avec Jason Aalon Butler (Fever 333) joue la carte d'un groove nu-metal assumé, quelque part entre Polyphia, P.O.D. et Rage Against the Machine et ça fonctionne franchement bien. ‘Solara’ avec Zelli de Paleface Swiss s'intègre quant à lui très naturellement au tissu sonore du groupe, sans effet de greffe artificielle.
Mais voilà et c'est là que le fan de la première heure tique. Le groupe l'annonce lui-même : "Nous nous orientons davantage vers un son metalcore poli… plus accessible au large public metal et metalcore, avec nos hooks et mélodies les plus accrocheurs à ce jour". Un virage assumé, donc. Pourtant, cette accessibilité nouvelle a un coût.
Le plus frappant à la réécoute, c'est l'absence quasi totale de solo de guitare. Sur "…And Everything In Between", Fernandes se lâchait dans des envolées techniques qui constituaient une signature forte, presque une marque de fabrique, des moments suspendus où le groupe semblait défier la gravité. Sur "Angel", ces passages ont été remplacés par des atmosphères et des claviers électroniques soignés, certes, mais la flamme du soliste -cette dimension un peu folle et imprévisible- est largement absente. C'est un choix artistique cohérent avec le virage pop/metalcore assumé mais c'est une perte réelle pour qui aimait Unprocessed précisément pour ça.
Plus globalement, "Angel" perd parfois ce grain rugueux, cet ADN légèrement tordu qui rendait "…And Everything In Between" si irrésistible. Ce sentiment d'entendre un groupe qui n'appartient qu'à lui-même, qu'on ne pouvait confondre avec personne d'autre. Ici, on pense plus souvent à des influences identifiables ERRA, Spiritbox voire Sleep Token dans les passages les plus atmosphériques. À trop vouloir convaincre le plus grand nombre, on gagne en impact immédiat, mais on perd de cette originalité précieuse qui fidélise. Si bien que la dynamique de l’album s'essouffle légèrement passé la dixième piste et l'on aurait volontiers échangé un titre convenu contre un solo dévastateur de trois minutes.
La question qui taraude à la réécoute n'est pas tant "est-ce bon ?" puisque ça l’est mais plutôt "est-ce irremplaçable ?". Sur "…And Everything In Between", chaque piste semblait n'exister que dans l'univers d'Unprocessed. Sur "Angel", certains passages auraient pu figurer sur d'autres albums sans qu'on sourcille vraiment. Unprocessed est pourtant absurdement talentueux, débordant d'une confiance créative évidente, et clairement décidé à ne pas brader sa vision. Moins sauvage que son prédécesseur, moins hérissé de ces soli qui faisaient leur singularité, "Angel" est une belle carte de visite pour les nouveaux venus et une invitation, pour les fidèles, à espérer que le prochain chapitre retrouve un peu de cette impudeur guitaristique et avec des titres plus marquants.
Plus d'information sur
https://unprocessed.bandcamp.com
LISTE DES PISTES:
01. 111 02. Sleeping with Ghosts 03. Beyond Heaven’s Gate 04. Sacrifice Me 05. Snowlover 06. Terrestrial 07. Your Dress 08. Where I Left My Soul 09. Solara feat. Zelli from Paleface Swiss 10. First Tongue 11. Perfume 12. Head in the Clouds feat. Jason Aalon Butler from Fever 333 13. Dark, Silent and Complete
FORMATION:
Christoph Schultz: Guitares David John Levy: Basse / Claviers Leon Pfeifer: Batterie Manuel Gardner Fernandes: Chant / Guitares
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