"Please" est une œuvre immersive plongeant au cœur de la souffrance mentale, et en particulier la dépression et les pulsions suicidaires. Aux dires du leader Chris Hathcock, les textes seraient autobiographiques, faisant de ce sixième album une sorte de thérapie. Il va sans dire que le sujet est lourd et que l’album ne s’écoute pas à la légère. De toute façon, les intermèdes parlés, cassent la dynamique musicale et ont peu de place en fond sonore. Le groupe nous invite avec "Please" à mieux comprendre ce trouble psychique qu’est la dépression, et si le côté didactique peut parfois lasser, il équilibre en fait très bien la proposition musicale.
Quoi qu’on pense de la structure de l’album ou de l’organisation des morceaux, il se dégage une authenticité rare à l’écoute de "Please". Et si les états d’esprit des morceaux sont d’habitude suggérés, avec The Reticent, ce qu’on ressent est de surcroît appuyé d’une explication concrète, histoire de ne perdre personne en chemin et surtout d’être sur la même longueur d’onde.
Musicalement, The Reticent navigue aux interstices d’Opeth, Steven Wilson et Tool, avec une touche personnelle bien marquée rendant leur musique unique. À l’image des influences tout juste mentionnées, on se doute qu’on n’a pas affaire à des âmes guillerettes respirant la joie de vivre et l’insouciance, mais pourvu qu’on soit sensible aux ambiances death prog des groupes connus dans le style, alors on sera embarqué du début à la fin avec ce groupe aguerri, maîtrisant les us et coutumes du genre.
Parmi les titres marquants, on notera ´The Concealment’, qui est presque un hommage à Opeth tant l’esprit des Suédois est prégnant, ‘The bed of wasps’ pour illustrer parfaitement l’aspect thérapeutique dont avait besoin Hathcock, ou encore ‘The chance’ dont l’intensité émotionnelle ne laissera personne de marbre.
L’œuvre est pour le moins courageuse, car aborder sujet aussi dur que le suicide et le partager avec ses fans n’est pas évident, mais si la musique est remarquable, les interludes parlés pourront en décontenancer certains. D’autres s’interrogeront aussi sur leur capacité ou même leur envie d’écouter des morceaux aussi névrotiques, aussi belle soit la musique. La limite entre l’auditeur et le thérapeute est parfois fine, c’est particulièrement le cas ici.