Il y a des disques qui sentent la naphtaline et d’autres qui sentent le cuir usé, les amplis à lampes et les souvenirs qui remontent à la surface. Avec "New Day", John Corabi ne signe pas seulement son premier véritable album solo de compositions originales : il ouvre un carnet intime, griffonné entre deux riffs et trois verres de bourbon. Et autant dire que ça claque. Libéré des contraintes de groupe, l’ex-frontman de The Scream et Mötley Crüe, et membre de The Dead Daisies, nous revient avec une œuvre personnelle, à la fois intime, chaleureuse et profondément ancrée dans les racines du rock.
Dès le morceau-titre, "New Day" impose son identité, celle d’un rock organique, baigné d’influences 1970’s, où se croisent des accents d’Aerosmith ou de Creedence Clearwater Revival, mais avec cette rugosité blues qui colle à la voix de Corabi comme une seconde peau. On pourrait craindre l’exercice nostalgique, mais le bonhomme évite le piège. Produit par Marti Frederiksen, le disque sonne presque live, comme si chaque titre avait été capté dans une pièce enfumée de Nashville en plein été 2025. Ce qui frappe avant tout, c’est la sincérité qui traverse chaque morceau. Le chanteur ne cherche pas à impressionner par la technique ou la modernité, mais par l’émotion. ‘That Memory’ ou ‘When I Was Young’ jouent la carte de la nostalgie douce-amère, portés par des mélodies qui s’incrustent durablement dans le crâne, tandis que ‘Faith, Hope And Love’ ralentit le tempo pour offrir une parenthèse bluesy, chargée de feeling.
À l’inverse, ‘One More Shot’ ou ‘Good To Be Back Here Again’ injectent une énergie plus directe, presque sudiste dans l’esprit, là où ‘1969’ s’offre comme un clin d’œil appuyé à l’âge d’or du rock, entre insouciance et décadence assumée. Et puis, il y a ces moments suspendus comme ‘Love That’ll Never Be’ ou ‘Cosi’ Bella’, où John Corabi laisse tomber l’armure pour toucher juste. Pas de fioriture, pas de démonstration inutile, juste des chansons. Mais si "New Day" fonctionne aussi bien, c’est parce que tout repose sur cette voix éraillée, immédiatement reconnaissable. Une voix qui a vécu, qui a traîné ses guêtres et qui aujourd’hui ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. L’Américain ne surjoue jamais, il raconte. Et c’est précisément là que l’ensemble fait mouche. Dans un paysage souvent dominé par des albums surproduits, ce choix permet un opus à l’authenticité forte et à l’approche humaine qui le rendent profondément attachant.
Pas révolutionnaire pour un sou, "New Day" s’inscrit pourtant comme une évidence. C’est un disque de passion, de tripes, et surtout de sincérité. Là où beaucoup recyclent, John Corabi revisite avec cœur. Si certains trouveront l’ensemble un peu trop sage, il sera aisé de leur rétorquer que lorsque la sincérité est à ce niveau, il est difficile de faire la fine bouche. Une œuvre qui exhale les parfums de Woodstock et des fumées colorées pour rendre un vibrant hommage au classic-rock et traduire l’amour des 1970’s de son auteur, qui ne cherche pas à être moderne, mais simplement à être vrai. Et parfois, ça suffit largement pour faire la différence.