Précédé d’une solide réputation quant à ses prestations live, le groupe norvégien Moron Police accouche de son quatrième album “Pachinko”, présenté comme un alliage entre metal prog’ festif et mélodies pop. Le concept -car concept (fumeux) il y a- raconte la transformation d’un être humain en "machine à pachinko sensible" (sic) - le pachinko est un jeu -hybride entre flipper et machine à sous- qui fait fureur au Japon.
La tonalité générale de l’album fait immanquablement penser au groupe suédois A.C.T. : énergique, festive, exécutée avec une grande maîtrise technique, la musique embarque l’auditeur avec une redoutable efficacité. Les passages purement instrumentaux sont plutôt rares (à l’exception du curieux ‘Hanabi’, sans grand intérêt), mais la section rythmique force le respect ; Billy Rhymer (The Dillinger Escape Plan), qui a remplacé le batteur Thore Omland Pettersen tragiquement disparu, abat en particulier un boulot majuscule derrière les fûts, précis et véloce.
Sur tous les passages dynamiques, Moron Police emporte l’adhésion avec son côté pêchu et rafraîchissant : ‘Pachinko Pt.1’ réussit la gageure de captiver tout au long de ses presque douze minutes sans jamais baisser la garde, conservant un rythme enlevé tout du long. Les arrangements sont denses, les claviers s’unissant aux riffs solides de guitare, et les refrains avec chœurs convainquent largement. ‘Giving up the Ghost’ a tout du titre qui doit cartonner en live avec son final choral efficace.
Mais toute médaille a son revers : ces morceaux énergiques reposent souvent sur les mêmes procédés, une certaine uniformité se fait ressentir sur le longueur -le disque atteint l’heure d’écoute- et l’accent est beaucoup plus mis sur la technique et l’optimisme musical des titres que sur la sensibilité. ‘The Apathy of Kings’, plus aéré, et ‘Pachinko Pt.2’ qui introduit quelques incongruités déjantées, tentent d’échapper à cette critique, et Moron Police apaise le jeu avec quelques morceaux plus tranquilles (‘Make Things Easier’, ‘Hanabi’, ‘The Sentient Dreamer’) qui ne sont pas les plus réussis de l’album, les Norvégiens n’étant pas ici sur leur terrain de jeu favori. ‘Okinawa Sky’, au ton électro-pop décalé qui le fait apparaître comme un single en puissance, tranche dans la tonalité générale de l’album.
Il reste malgré tout que "Pachinko" est un album globalement attachant, très bien réalisé et sympathique. Morton Police doit juste instiller plus de nuances pour convaincre sans retenue.