Il
y a des retours qui ne passent pas inaperçus, et celui de Creye avec
"IV Aftermath" s’inscrit clairement dans cette catégorie.
En effet, ce quatrième album
marque une étape charnière dans la trajectoire des Suédois puisque
le groupe
affiche un visage profondément remanié. À l’arrivée du chanteur
Simon Böös s’ajoutent celles d’un nouveau bassiste et
d’un nouveau batteur. Autour du pilier Andreas Gullstrand à la
guitare, cette nouvelle production semble de ce fait se présenter comme un
possible point de bascule. Va-t-il être question ici d'une
redéfinition des contours de leurs sons pourtant solidement
estampillés "hard rock mélodique d’Europe du Nord" ?
Dès
les premières notes de 'Something Missing', rien ne paraît avoir véritablement changé : une ouverture typiquement
scandinave,
entre synthés lumineux et guitares affûtées, et un refrain qui
provoque une adhésion immédiate. 'Bad Romance', qui décrit une
relation toxique, enfonce ce clou déjà bien fiché, tandis que
'Rust' affole les compteurs de l’easy
listening percutant
en s'imposant comme le tube de l’opus.
Avec 'Left in Silence' et 'Don’t Talk About It', les Suédois
avancent en terrain plus apaisé, avant que 'Through the Window'
retrouve la vigueur rythmique du début de l’œuvre. Toutefois, les
atours de ces morceaux
sont moins calibrés pour s'avérer être des hits instantanés.
La
seconde moitié de l’album
éclaire en fait davantage cette volonté d’évolution qui voit
Creye
tenter de s’éloigner des élans d’Eclipse et
de One Desire en
optant davantage pour les sons pop rock modernes. 'Only You' et 'Glow' reflètent parfaitement ces avancées et sonnent ainsi
fortement radio
friendly, 'Aligned' fusionnant quant à lui héritage AOR et codes contemporains. En
équilibre sur une ligne de crête, ces compositions
sont proches d’une bascule qui pourrait désarçonner les puristes.
Il faut tout le pouvoir mélodique de 'The Last Night On Earth', et
la sobriété rassurante de 'Clay' en point d’orgue de l’objet, pour voir le hard rocker pur et dur retrouver une écoute plus sereine.
Au
bout du compte, "IV Aftermath" s’impose comme un opus
de transition assumé : moins musclé, plus nuancé, mais aussi plus
inégal. On y retrouve toutefois cette capacité du groupe
à équilibrer couplets contenus et refrains qui cherchent à être
explosifs. Cette recette est parfaitement maîtrisée, mais certains
morceaux
manquent parfois de l’efficience mélodique instantanée et du punch auxquels on aurait pu s'attendre. Bien que l’ensemble de l’œuvre ne soit pas
parfaitement alignée, Creye prouve
ici qu’il est encore capable de se réinventer sans renier son
essence. La démarche est suffisamment rare pour être saluée.