S’il y a des livraisons qui frappent à la porte, il y en a d’autres qui la défoncent. Avec "Louder Than Fate", quatrième galette studio de Jared James Nichols, le gaillard du Wisconsin choisit clairement la seconde option. Et pourtant, derrière les guitares qui sentent la poudre et les amplis poussés dans le rouge, se cache sans doute l’œuvre la plus aboutie et la plus nuancée de sa carrière. Car cet opus marque une évolution sensible de son traditionnel blues-power, désormais teinté de hard-rock massif, de southern-rock et même de quelques effluves country.
'Let’s Go’ balance d’entrée un riff massif sans préambule ni détour. Le maître des lieux rappelle qu’il est un des guitaristes les plus explosifs de sa génération. Mais là où beaucoup se contenteraient d’aligner les démonstrations techniques, il cherche davantage la chanson que la performance. Une maturité nouvelle qui irrigue l’ensemble de l’album. Porté par une ambiance marécageuse et un groove sudiste irrésistible, ‘Ghost’ réussit le tour de force de marier l’esprit des grands groupes de blues-rock des seventies à une puissance presque métallique. Nichols y livre une prestation incandescente tout en conservant une vraie dimension mélodique. Avec ‘Bending Or Breaking’, l’Américain atteint un sommet émotionnel. Bâtie sur une tension permanente entre fragilité et intensité, cette pièce dévoile un chanteur plus expressif qu’à l’accoutumée. Loin du simple guitar-hero, l’artiste se fait conteur et parvient à transmettre une sincérité désarmante. Le refrain s’imprime immédiatement dans la mémoire tandis que les guitares dessinent des paysages aux couleurs presque psychédéliques.
Autre réussite majeure, ‘Killing Time’ ralentit le tempo pour offrir l’un des moments les plus introspectifs du disque. Son crescendo parfaitement maîtrisé débouche sur un solo habité qui privilégie l’émotion à la démonstration. La suite ne relâche jamais vraiment la pression. ‘Dust ’N Bones’ joue les concentrés d’énergie brute avant que ‘Show Me’ n’hypnotise avec sa ligne de basse envoûtante. ‘Looks Like That Felt Good’ renoue avec un blues rugueux et charnel, tandis que ‘Runnin’ Hot’ se transforme rapidement en hymne de scène grâce à son groove irrésistible. Même ‘Pretend’, placé en clôture, confirme la volonté du musicien d’élargir son registre et d’explorer des territoires plus mélodiques. C’est probablement dans cet équilibre entre tradition et évolution que réside la grande force de cette œuvre. Jared James Nichols ne renie jamais ses racines blues, mais refuse de s’y enfermer. Produite avec puissance par Jay Ruston, cette galette bénéficie d’un son massif tout en conservant suffisamment de chaleur organique pour éviter l’écueil de la surproduction. Chaque ligne mélodique respire, chaque note semble jouée avec les tripes.
Au terme de ces dix titres, une évidence s’impose : "Louder Than Fate" n’est pas seulement un excellent album de Jared James Nichols, c’est sans doute celui qui le rapproche le plus du statut de référence contemporaine du blues-rock moderne. Plus lourd, plus ambitieux, plus varié, mais toujours animé par cette même flamme viscérale qui fait sa singularité. Une réussite éclatante qui confirme que lorsque le destin parle moins fort que les amplis, c’est souvent le rock qui gagne. Voici une déferlante de riffs, de feeling et d’authenticité qui place définitivement son auteur parmi les incontournables du genre.