Découverts récemment avec “Missing Link”, les Autrichiens d’Orbital Hotel nous avaient frappés par leur spontanéité et leur énergie. Mais au-delà du seul contenu musical, c’est aussi leur rythme de production qui interpelle. Depuis 2014, les albums s’enchaînent à une cadence soutenue, presque industrielle, dessinant une discographie déjà conséquente pour un projet instrumental indépendant. Remonter aujourd’hui vers “Infinito” permet de mieux comprendre comment cette créativité prolifique s’est structurée.
Avec cet album, le groupe adopte une approche plus compacte et plus organique. La guitare s’y fait particulièrement grasse, saturée, presque stoner dans sa manière d’occuper l’espace. Là où “Missing Link” laissait davantage respirer les dynamiques et certains contrastes, “Infinito” privilégie la densité et l’immersion. Le morceau éponyme en ouverture en est l’illustration parfaite : un motif hypnotique qui se répète, se densifie et installe progressivement une tension circulaire. L’effet est immédiat sans être démonstratif ; Orbital Hotel préfère construire l’atmosphère par accumulation plutôt que par rupture dans ce disque.
Pour autant, l’album ne se limite pas à cette lourdeur. Des titres comme ‘Vertex1’ ou ‘Hot Air’ rappellent que le trio sait aussi manier la mélodie dans cet espace presque étouffant. Les lignes se font plus aériennes, les arrangements plus lumineux, créant des respirations bienvenues au sein d’un ensemble dense. Cette alternance entre masse sonore et clarté mélodique évite toute monotonie et confère à l’album une profondeur réelle, presque narrative malgré l’absence de chant.
“Infinito” apparaît ainsi comme une étape charnière dans le parcours d’Orbital Hotel. Moins instinctif que “Missing Link”, peut-être plus compact et frontal, il témoigne d’une volonté d’explorer différentes textures sans diluer l’identité du groupe. Leur productivité pourrait laisser craindre la dispersion ; elle révèle au contraire une recherche constante, un laboratoire sonore en perpétuel mouvement. Et c’est précisément cette tension entre abondance et cohérence qui rend leur trajectoire intéressante à suivre.