Si les rondelles de stoner / rock psyché déçoivent rarement, mélange juteux de puissance et d’ambiances moelleuses ou plus spatiales, reconnaissons aussi que le style, sans être saturé, reste très balisé. De sorte que rares sont les groupes qui ont véritablement réussi à imposer leur patte, leur personnalité. Il en existe pourtant au moins un qui est en train d’y parvenir. Ce n’est même pas le plus renommé de tous puisqu’il s’agit de Howling Giant, d’abord trio et désormais quatuor (nous y reviendrons) américain qui après plusieurs EPs et un premier long ("The Space Between Worlds" en 2019) a assurément franchi un palier avec "Glass Future" il y a deux ans, peaufinant une signature lumineuse, entre turbo grunge et progressif aussi nerveux que chamarré.
S’il n’a rejoint ses trois compagnons, Tom Polzine (guitare), Sebastian Baltes (basse et accessoirement progéniture de Peter Baltes d’Accept) et Zack Wheeler (batterie), qu’à la fin du processus de composition, l’embauche de Adrian Zambrano n’est certainement pas étrangère ni à la richesse ni à la réussite de "Crucible & Ruin", auquel cette seconde guitare et des synthétiseurs confèrent une ampleur plus grande (‘Archon’ et ses nappes de claviers hantés). Mastodon n’est plus très loin dans ces riffs d’airain appuyés par une rythmique tentaculaire (‘Hunters Mark’).
Il serait dès lors facile de réduire ce troisième effort à sa dureté inédite. Certes, jamais Howling Giant n’a sonné avec un tel mordant, à l’image de la frappe surpuissante du cogneur Zack qui bouffe l’espace de titres comme ‘Beholder I : Downfall’ ou ‘Scepter And Scythe’. Mais l’évolution entre ce nouvel album et ses prédécesseurs se révèle en vérité plus subtile car les Américains n’ont pas effacé ce qui fait leur différence, à commencer par ce chant pluriel, dominé par le guitariste Tom mais, comme toujours, souligné par les interventions de ses comparses.
Surtout, on retrouve avec bonheur cet alliage savant entre envolée émotionnelle et accroche furieusement rock, coulé dans un format trapu et emporté par un torrent limpide. ‘Canyons’ et ‘Beholder II : Labyrinth’, pour ne citer que deux exemples parmi les plus éblouissants, sont des bijoux d’écriture, tout en puissance, atmosphères et progression, le tout planté dans un univers conceptuel et narratif propre aux Américains.
Fort d’une palette sonore enrichi, Howling Giant réussit avec "Crucible & Ruin" à hybrider la technicité aérienne du metal progressif, l’élan dramatique du grunge et la force épaisse du stoner. Le groupe a vraiment les moyens de toucher un public très large. C’est tout ce que nous lui souhaitons…