Après
dix années de silence, "Back
On Track" avait
permis à M.ILL.ION de renouer avec son histoire sans donner
l'impression d'un simple exercice de nostalgie. Cinq ans plus tard, "Legend" arrive avec une mission plus délicate : prouver
que cette renaissance n'était pas une parenthèse heureuse mais le
véritable second souffle d'un groupe qui n'a jamais renié son ADN.
Depuis "No.1" en 1992, les Suédois avancent en
effet sans jamais céder
aux modes, cultivant un
son ancré entre hard
mélodique et hard rock
traditionnel.
Ceux qui espéraient une
révolution devront revoir leurs attentes. M.ILL.ION ne cherche pas
ici à
réinventer sa musique mais au
contraire à
tenter de démontrer,
avec une naïveté
presque désarmante, qu'une formule maîtrisée vaut parfois mieux
qu'une modernisation forcée. Les amateurs des
ambiances qu’offre
Demon,
des mélodies
de Rainbow
(période
Joe Lynn Turner)
ou de
l’orgue
de
Deep
Purple, pourront
de temps à autre y trouver ponctuellement leurs
repères sans
avoir l'impression d'assister à une copie
carbone stylistique.
'Kingmaker' ouvre l'album
avec une belle énergie sans que la mélodie ne marque
particulièrement les esprits. 'Bad Lovin’ apporte une touche plus
hard rock'n'roll/bluesy et rappelle Whitesnake sans atteindre des
sommets. En revanche, 'The Legend Lives On' s'impose comme un hymne
mid-tempo plutôt fédérateur, tandis que 'Wheels & Wings' accélère le tempo en lorgnant, avec efficacité mélodique cette
fois, du côté de Gary Moore. Plus loin, la relative dynamique des
débuts en prend un coup dans l’aile avec le bien maladroit 'Private
Dancer' qui se veut plus A.O.R., mais qui frôle le mièvre tant il
paraît désuet. 'No Garden Of Eden' durcit sensiblement le ton, mais
cette lourdeur ne laisse que peu d’émoi, et 'Grow Old Together' offre la parenthèse émotionnelle attendue. Le morceau, réussi
notons-le, évoque clairement ce que propose Demon, voire composait
Jim Steinman. Sur la fin, 'Ready To Rock' s’enfonce dans une
prévisibilité désolante, avant que 'Half Man, Half Consumer' ne
sorte la tête de l’eau avec sa mélodie enfin réussie.
Les Suédois, tout
en sonnant comme un
groupe qui a décidé de
ne pas quitter son
territoire musical, ne
lui rendent
guère honneur sur ce "Legend".
Que
l'album ne surprenne
jamais, qu'il applique une recette parfaitement connue et prenne
peu de risques, passe
encore, mais qu’il soit aussi peu dénué d’emphase mélodique et
de moments porteurs laisse un goût insipide dans la bouche.