Il
y a des retours qu’on n’attend plus vraiment… et puis Hardline
débarque à nouveau, presque sans prévenir, avec un "Shout" qui
ravive instantanément une flamme que l’on aurait
pu croire éteinte
depuis "Heart,Mind and Soul" (2021).
D’emblée, une évidence s’impose : le groupe n’a rien perdu de
sa superbe, porté par l’inusable Johnny Gioeli (108
opus à son actif !),
véritable colonne vertébrale émotionnelle, et par l’orfèvre
sonore Alessandro Del Vecchio qui
offre ici au combo une puissance surprenante.
Cet opus est en quelque sorte une manière d'affirmer que le hard
mélodique peut encore sonner massif sans renier ses racines enjôleuses.
L’arrivée du guitariste Luca Princiotta, habitué à des combos
extrêmes (Blaze notamment), n’y est pas étrangère. Son jeu, plus incisif, plus
métallique, injecte une dose de nerf bienvenue, donnant à l’album
une densité que les précédents essais n’atteignaient
qu’épisodiquement. Dès le morceau-titre, tout est dit : guitares
épaisses, production XXL et refrain qui percute comme un direct en
pleine mâchoire. Derrière cette déflagration, on retrouve ce
mélange si caractéristique de Hard US et d’AOR racé, avec un soupçon de glam qui traîne encore dans les recoins. Une formule
connue, certes, mais toujours aussi redoutable quand elle est
exécutée avec ce niveau de maîtrise.
La suite déroule avec une efficacité indéniable. 'Rise Up' s’inscrit dans une tradition 1980’s assumée, avec un refrain
calibré pour la scène, et 'Mother Love' propose une montée en
intensité savamment orchestrée, flirtant avec l’épique.
Mais là où l’œuvre surprend - ou du moins capte davantage
l’attention - c’est dans sa capacité à muscler son propos. En effet, 'Welcome To The Thunder' et 'Rise
Above No Fear' affichent une agressivité inhabituelle, presque
métallique par moments. Portés par une section rythmique impériale
(Anna Portalupi et Marco Di Salvia en tête), ces compositions, ainsi que quelques-unes de leurs consœurs, impactent solidement l'auditeur. Toutefois, réduire "Shout" à sa puissance serait passer à côté de son autre force :
l’émotion. La reprise de Scorpions, 'When You Came Into My
Life', s’impose comme un moment de choix plus puissant que
l’original, et sublimé par une interprétation habitée de Gioeli.
Et puis il y a 'Glow', conclusion tout en douceur où sa voix,
portée par un piano dépouillé, se fait plus fragile.
Reste cette question qui plane tout au long de l’écoute : ce groupe peut-il encore surprendre ? La réponse est nuancée. Si
l’album impressionne par sa solidité (quel guitariste !) et son
sens mélodique porté par un chanteur de caractère maintenant le niveau dans les moments les plus prévisibles, il
s’inscrit malgré tout dans une continuité très balisée. Peu de prises
de risque, des structures familières, une homogénéité qui, à la
longue et notamment sur le dernier tiers de l’objet, peut donner un
léger sentiment de déjà-entendu. Mais est-ce réellement un défaut
quand l’exécution frôle si souvent le haut niveau ? "Shout"
ne révolutionne rien, mais il prouve que Hardline reste une valeur
sûre, peut-être pas innovante, mais toujours aussi efficace.