Teramaze
fait partie de ces groupes dont la productivité surprend. Alors que
beaucoup de formations progressives mettent plusieurs années à
revenir avec un nouvel album, les Australiens enchaînent les sorties
à un rythme impressionnant. Huit œuvres depuis 2019, c’est
proprement ahurissant ! Avec "The Silent Architect",
et malgré le départ du guitariste Chris Zoupa, le combo ajoute une
nouvelle pierre à une discographie déjà conséquente.
Teramaze possède aujourd’hui une
signature sonore immédiatement reconnaissable. Et même si certaines
structures ou ambiances peuvent parfois rappeler Fates Warning ou
Threshold, les Aussies conservent cette manière bien à eux d’équilibrer sophistication progressive et immédiateté
mélodique. Le morceau éponyme donne d'emblée le ton. En plus de
dix minutes, la bande concentre tout ce qui fait son identité :
riffs massifs, mélodies addictives, changements de climats
permanents et virtuosité jamais gratuite. L’entrée en matière frappe
fort avant de laisser place à des passages plus aériens où la voix
de Nathan Peachey semble littéralement flotter au-dessus des
arpèges. Lorsque Dean Wells relance la machine avec ses solos
flamboyants, on retrouve cette capacité unique du gang à marier
mouvements complexes et easy listening, car même quand les morceaux
s’étirent, l’écriture reste limpide et chaque transition paraît
parfaitement naturelle.
L’album alterne ensuite puissance et
respiration avec beaucoup d’intelligence. 'Doors Of Yesterday' apporte une touche de mélancolie superbe grâce à son introduction
piano/voix particulièrement touchante, tandis que 'Arrow' s’impose comme une magnifique power-ballade moderne portée par un
refrain lumineux et des harmonies vocales somptueuses entre Nathan
Peachey et Dean Wells. 'Ghost Hands' pousse encore plus
loin cette dimension émotionnelle avec son climat suspendu et sa
délicatesse presque fragile. Certains pourront trouver l’ensemble
un peu plus apaisé que certaines productions précédentes, mais
cette retenue participe justement au charme du disque. A l’opposé, 'The Invisible Countdown' et 'Dust & Bone' rappellent que Teramaze reste une machine de metal progressif
redoutable. Riffs nerveux, ruptures de tempo permanentes, section
rythmique impressionnante et solos étourdissants s’enchaînent
avec une fluidité remarquable. 'Mr Crazy' surprend même
par son énergie heavy/thrash où cette fois les qualités mélodiques
restent exceptionnellement de côté.
L’opus atteint finalement son apogée avec
‘Left In The Fire’, gigantesque conclusion de près de douze
minutes. Le morceau traverse une multitude de paysages sonores :
accélérations rageuses, envolées progressives, passages
acoustiques, solos vertigineux et refrains habités. Pourtant, jamais
cette longue composition ne donne l’impression de s’éparpiller, car derrière la virtuosité et la richesse des arrangements se cache
un immense sens de l’écriture. Et lorsque les dernières notes
acoustiques s’éteignent, une évidence s’impose : "The
Silent Architect" est une nouvelle pierre précieuse déposée dans
l’écrin à bijoux des Australiens.