Pilier du rock néo-progressif polonais depuis plus de deux décennies aux commandes notamment de Millenium et du label Lynx Music, Ryszard Kramarski a également entamé en 2017 un projet parallèle plus "solitaire" sous son nom propre (The Ryszard Kramarski Projekt), dont "Alice" est déjà la septième production. Comme ses prédécesseurs, "Alice" nous propose un concept directement inspiré d'une œuvre littéraire, œuvre que tout lecteur aura immédiatement identifiée à la seule vue du titre de ce nouvel album.
Et pour cette nouvelle parution, le claviériste homme à tout faire s'est de nouveau entouré d'une belle brochette d'invités. Outre ses habituels comparses au sein de Millenium, on notera la présence d'Anna Batko (Albion) dont les parties vocales identifiables entre mille apportent un contraste plus qu'intéressant en regard des voix masculines plutôt incisives. Sa performance sur 'Alice in Wonderland' est à ce titre un véritable enchantement, avec un refrain qui colle immédiatement à la peau.
Musicalement, l'auditeur familier des productions de Millenium ne sera pas dépaysé : nous sommes en présence d'un néo-progressif soyeux, aux arrangements soignés, où l'aspect mélodique prime avant toute chose. Point ici de démonstration technique ou de soli furieux, chaque instrument se fond dans l'ensemble, apportant sa contribution à un ensemble très cohérent servant avant tout le concept de l'album et les différentes ambiances proposées à chaque chapitre de l'histoire.
Néanmoins, une écoute plus attentive va permettre de découvrir quelques variations dans cet univers que d'aucuns pourraient qualifier de trop lisse, et qui rehaussent régulièrement l'intérêt des différentes plages. C'est ainsi que 'The Rabbit Hole' ouvre les hostilités par un gros riff de guitare, fulgurance que l'on retrouve régulièrement tout au long des 62 minutes ('The Game' par exemple). Le saxophone qui ponctue le final de 'The Mad Hatter' apporte également un véritable plus à un titre ciselé par ses guitares. À un autre niveau, il est également intéressant de se concentrer sur la section rythmique (qui est celle de Millenium) qui, loin de se contenter de battre la mesure, parsème les mélodies chaloupées de ruptures rythmiques en arrière-plan ou autres chants de basse qui donnent corps à l'ensemble.
Avec "Alice", TRK Projekt franchit un cap de qualité indéniable par rapport à ses précédents opus. Et tout en respectant les canons d'un genre que certains n'apprécient guère, il apporte toutefois une certaine fraîcheur par rapport aux productions habituelles de Millenium.