"Planned Obsolescence" marque l’entrée fracassante de Only Human sur la scène metal moderne. Ce premier album n’est pas qu’une démonstration technique : c’est un concept-album engagé, centré sur la technocratie, l’aliénation numérique et la déshumanisation progressive de nos sociétés. Dès l’intention, le groupe se positionne : réveiller les consciences face à un monde où l’humain devient un produit consommable. On est donc face à un disque à la fois artistique, politique et existentiel !
Dès les premières minutes, on comprend que le groupe sait exactement ce qu’il fait. Le son est massif, propre, ultra-compressé comme il faut, avec ces guitares djent millimétrées qui claquent dans un mix chirurgical. On pense immédiatement à TesseracT et The Contortionist pour les ambiances, à Periphery pour la précision rythmique et le chant, et à Bring Me The Horizon pour l’aspect hybride et moderne. Tout est parfait. Peut-être un peu trop. Les breaks arrivent exactement quand on les attend. Les montées émotionnelles sont propres, lisibles, presque scolaires. On est face à un groupe qui maîtrise les codes du metal moderne comme un élève brillant… mais qui récite encore un peu sa leçon.
Et pourtant, ça fonctionne. "Planned Obsolescence" est efficace, terriblement efficace même. Les riffs accrochent, les ambiances sont immersives, et la production donne cette sensation de puissance constante. C’est un album qui sonne “actuel” à la seconde près, calibré pour une génération nourrie à l’algorithme, aux playlists, aux textures numériques. Et c’est là que le concept devient intéressant, presque ironique. Parce que derrière son discours sur la déshumanisation et la technologie, l’album en devient lui-même une illustration.
Tout est contrôlé, optimisé, rationalisé. Même l’émotion semble passer par un filtre. Le chant, très juste, très propre, oscille entre fragilité et agressivité sans jamais vraiment déborder. On sent la volonté d’exprimer quelque chose, mais rarement le moment où ça craque pour de vrai. Comme si l’humain, justement, était toujours retenu. Et c’est probablement le cœur du problème ou de la proposition, selon comment on le voit.
Là où certains groupes vont chercher le chaos, l’accident, l’imperfection, Only Human choisit la maîtrise totale. Du coup, l’album impressionne, mais touche moins qu’il ne devrait. Il capte l’attention, mais laisse rarement une trace viscérale. On est pris dans l’ambiance, mais rarement retourné par elle. Contrairement à beaucoup de projets du même style, "Planned Obsolescence" n’est pas une collection de morceaux. C’est un bloc. Une atmosphère continue. Un monde froid, numérique, oppressant, dans lequel on reste enfermé du début à la fin. Et c’est une vraie force. Même quand certaines idées semblent déjà entendues, le groupe réussit à maintenir une identité claire.
Sans révolutionner le genre, "Planned Obsolescence" va être largement apprécié, respecté, recommandé mais rarement adoré de manière obsessionnelle. Il manque ce grain de folie, ce moment où tout bascule, notamment comme le ferait un Periphery ou The Contortionnist. Et paradoxalement, c’est exactement ce que raconte le disque. Un monde où tout fonctionne trop bien. Où tout est optimisé. Où plus rien ne dépasse. Où même la musique devient un produit parfaitement conçu… mais légèrement interchangeable.
Finalement, "Planned Obsolescence" est un très bon album mais aussi un album révélateur. Il montre à quel point la scène metal moderne est arrivée à un niveau de maîtrise technique impressionnant… et à quel point elle flirte dangereusement avec l’uniformisation. Only Human n’est pas encore le groupe qui casse le système mais il est est déjà celui qui le comprend parfaitement. Et maintenant, la question est de savoir s’ils auront le courage de le dérégler sur le prochain...