Il y a des artistes qui traversent les décennies sans jamais vraiment disparaître. Du haut de ses 72 ans, Robin Beck en est un des meilleurs exemples, capable de revenir avec un album qui rappelle immédiatement pourquoi sa voix continue de faire partie des plus reconnaissables du rock mélodique. Avec "Living Proof", l’Américaine ne cherche pas à réinventer l’AOR mais préfère lui injecter suffisamment de modernité et d’émotion pour lui redonner une vraie raison d’exister.
Dès son éponyme, "Living Proof" affiche ses intentions avec son groove élégant et sa production luxueuse. La patte de James Christian et Tommy Denander se ressent partout, mais ce qui frappe surtout, c’est cette manière qu’a Robin Beck de transformer chaque leitmotiv en déclaration de survie. ‘Living Proof’ n’est pas simplement un titre d’ouverture, c’est un manifeste. Là où beaucoup de parutions Frontiers échouent, cette œuvre évite l’empilement de clichés. Certes, ‘Love And Money’ ou ‘Trouble Or Nothing’ reposent sur des structures ultra classiques, mais l’interprétation apporte suffisamment de relief pour dépasser le simple exercice nostalgique. Le deuxième, hommage à l’opus de 1989 qui révéla l’artiste, possède même une énergie presque hard FM moderne avec ses guitares tranchantes et son refrain qui reste vissé dans le crâne après une seule écoute.
Mais là où "Living Proof" devient réellement intéressant, c’est lorsqu’il s’éloigne du confort AOR habituel. ‘Voodoo’ introduit un groove inattendu flirtant avec des sonorités funky et latines particulièrement savoureuses, tandis que ‘Don’t Tempt Me’ joue une carte pop-rock sensuelle qui rappelle parfois le versant le plus accessible de Sheena Easton période américaine. Robin Beck y affiche une décontraction presque insolente. À l’inverse, ‘What A Night’ et ‘Let It Rain’ montrent que la chanteuse reste impériale dès qu’il s’agit de ballades émotionnelles. La seconde clôt l’album avec beaucoup de classe sans montée en puissance artificielle ni final pompeux : juste une prestation pleine de vécu. La maîtresse des lieux chante avec davantage de vérité que nombre de vocalistes actuelles capables d’aligner trois octaves sans transmettre le moindre frisson. Certes, ‘Na Na’ apparaît un peu trop légère et certaines mélodies rappellent parfois de façon un peu trop appuyée les recettes qui ont fait le succès de l’artiste à la fin des années 1980. Mais paradoxalement, c’est aussi ce qui rend ce disque attachant en ne courant pas après les modes.
Produit avec soin par James Christian et sublimé par des mixages de Dennis Ward et Chris Lord-Alge, "Living Proof" possède ce son ample et chaleureux que beaucoup de productions mélodiques modernes ont perdu à force de compression numérique. Ici, les claviers respirent, les guitares de Tommy Denander sont toujours aussi soyeuses et surtout, la voix reste constamment au centre du tableau. Si cet opus ne révolutionnera probablement pas le rock mélodique, il rappelle une chose essentielle : ce style fonctionne avant tout lorsqu’il est porté par des chansons sincères et des interprètes capables de leur donner une âme. Et dans ce domaine, Robin Beck reste une référence.