Second album solo du chanteur de Leprous, “Vox Occulta” ne semble pas vouloir cultiver l’ambiguïté. Par son titre et sa pochette classieuse et sobre le représentant avec ses atours de cantateur tel un Pavarotti dans la lumière à l’imminence d’une prestation, l’album entend bien mettre en avant les immenses talents vocaux d'Einar Solberg.
Pour ce faire, le chanteur s’est donné les moyens, s’entourant à cette occasion de l’orchestre de la radio norvégienne. Cette démesure qui aurait pu virer au piège ne l’est résolument pas tant les compositions du claviériste se marient admirablement à l’ensemble orchestral.
L’intensité dramatique et les possibilités offertes sont remarquablement exploitées. Que ce soit le travail sur les violons sur ‘Anima Lucis’ (évoquant ‘Chagall Duet’ sur le superbe “Change We Must” d’une autre grande voix du prog qui s'est prêté à l’exercice, Jon Anderson), les spiccati d’archet sur ‘Vox Occulta’, les cordes plaintives ‘Stella Mortua’ ou la chevauchée des percussions saccadées d’un ‘Vita Fragilis’, les exemples sont légion.
Ce dernier titre représente la quintessence de cet album, les différentes facettes d'Einar Solberg y cohabitant merveilleusement dans ses cinq petites minutes vingt-huit, passant chant clair au growl soutenus par les violons d’un Rondo Venezziano devenu homérique en contraste des clavecins aériens ou des flûtes.
Il convient d’ailleurs d’évoquer le cœur du réacteur de “Vox Occulta”, le chant prodigieux du ténor norvégien, qui dispense son génie au gré des émotions, par petites touches de growl disséminées juste ce qu’il faut pour ne pas effaroucher les réfractaires, ou bravant les octaves avec une aisance stupéfiante. Son paroxysme est atteint sur un ‘Serenitas’ déchirant qui laisse ébaubi d’émotion.
Les compositions tirent le meilleur de l’orchestre tout en restant fidèles au style Leprous. Alors que le chanteur suit l’harmonie riche de l’orchestre, Einar Solberg foudroie par une ligne de chant intense, à fleur de peau, imparable. Les fans retrouveront ici l’âme de leur groupe. Certaines parties de guitare presque floydiennes (‘Grex’) rajoutent encore à l’émotion et s’intègrent parfaitement à l’orchestre.
“Vox Occulta” est une claque émotionnelle majestueuse. Un bijou organique bouleversant qui lie le brillant talent de composition d’un homme à sa voix hors du commun.