Ne cachons pas notre excitation à l’annonce du cinquième album des Suédois de Port Noir. Depuis plusieurs années, le trio façonne une identité singulière, entre pop musclée, metal atmosphérique et modernité électro, laissant entrevoir à chaque sortie une nouvelle évolution de son univers. Pourtant, à la lecture du titre "The Dark We Keep", une légère inquiétude s’installe.
Les premières mesures de ‘Complicated’ dissipent rapidement nos craintes : ambiance lourde et électro, riff massif, chant langoureux chargé d’émotion… Port Noir semble toujours capable de conjuguer puissance et sensibilité avec talent. Mais cet espoir s’effrite rapidement. Car très vite, l'album s’enferme dans une approche uniforme et étonnamment monolithique. Exit la pop nerveuse et inventive des précédents albums : le trio opte ici pour une orientation beaucoup plus sombre, dominée par des riffs djent agressifs et répétitifs qui finissent par étouffer les morceaux autant que le chant.
Le mixage n’aide d’ailleurs jamais Love Anderson à exister pleinement. Sa voix, autrefois capable de nuances et de variations marquantes, paraît ici prisonnière d’une mélancolie permanente, noyée derrière un mur sonore souvent monocorde. Même le format relativement court des morceaux -autour de quatre à cinq minutes- ne permet jamais à l’album de réellement décoller. Les titres défilent sans véritable relief. ‘Reveries’, pourtant le morceau le plus ambitieux du disque, peine lui aussi à susciter l’adhésion malgré un break central particulièrement acéré. Quant à ‘This View’, il aurait mérité davantage d’espace pour laisser respirer l’émotion du chant. Seuls ‘Complicated’ et ‘Noir’ parviennent réellement à retrouver l’intensité et la personnalité qui faisaient jusqu’ici la force du groupe.
La frustration n’en est que plus grande. En abandonnant une grande partie de ses mélodies et de son inventivité, Port Noir perd aussi une bonne part de ce qui faisait son identité. Certains apprécieront sans doute cette orientation plus sombre et plus métallique, dans un esprit rappelant parfois les derniers albums de Votum sans le même enthousiasme. Mais difficile de ne pas penser que le trio est capable de beaucoup plus. Encore faut-il qu’il en ait réellement envie.