Actif depuis plus de vingt ans désormais, Audrey Horne, c’est du solide, orfèvre d’un hard rock mélodique en béton armé qui transpire la bonne humeur. Perçu au départ comme le simple terrain de jeu de quelques pointures de la chapelle noire norvégienne (dont le guitariste d’Enslaved Arve Isdal), on a compris depuis longtemps que le groupe n’est pas un side-project que ses membres réaniment à intervalles irréguliers, même si le temps de plus en plus long séparant chaque nouvelle cuvée pourrait le laisser penser. En vérité, le chanteur Toschie et ses potes ne ressentent tout simplement plus le besoin d’enregistrer mécaniquement des albums comme on pointe à l’usine. Les Scandinaves ne se pressent pas, et ils ont raison, se réunissant lorsqu’ils sont prêts, une douzaine de morceaux tous plus imparables les uns que les autres, à point pour être gravés.
Quatre ans après "Devil’s Bell", "Achilles" déboule ainsi sur la platine, collection de brûlots incandescents qui ne réclament pas de multiples écoutes pour accrocher la mémoire. À commencer par la chanson éponyme qui surprend d’ailleurs, moins pour sa qualité, conforme aux immuables standards du groupe, que pour son mid tempo, lourd et sombre à la fois, que nourrissent les temps troublés, aux repères éclatés, que nous subissons actuellement. Meilleure composition du lot, ‘Achilles’ donnera-t-il le ton de ce huitième opus ?
‘In The Eye Of The Hurricane’, qui lui succède, emprunte déjà et contre toute attente, une voie bien différente, qui rappelle évidemment Scorpions et pas que pour son titre, concentré d’énergie raffinée avec refrain fédérateur et saillies guitaristiques de haute volée. Serrant quelque peu le frein à main, ‘Vampires’ pourrait se rapprocher du morceau augural mais il s’en distingue par des morsures presque maideniennes. ‘God Damn Beautiful’ libère un arôme très Thin Lizzy, tandis qu’au bout du chemin le remuant ‘Running Through The Night’ mélange avec bonheur Iron Maiden (encore) et AC/DC, le tout zébré d’un solo sauvage et racé que ne renierait pas Ritichie Blackmore.
Au milieu se glisse également une ballade aussi puissante qu’émouvante, ‘Pretty Little Lies’, dans la grande et belle tradition des années 1980, aux guitares gorgées de feeling, mais qu’assombrissent en conclusion de discrets arrangements, teintes plus désespérées que poursuit le court instrumental ‘Prodrome’. Et l’inventaire pourrait se poursuivre, tous les titres méritant d’être cités, tant pour leur réussite que pour leur caractère bien trempé.
Face à une telle variété de tons et de styles, grand était le risque de voir par conséquent "Achilles" pécher par manque de cohérence. Il n’en est pourtant rien : trouvant l’équilibre parfait entre toutes ces composantes, les Norvégiens ne donnent jamais l’impression ni de s’égarer ni de vouloir courir plusieurs lièvres à la fois. Au contraire, ils savent très bien où ils veulent aller.
Le résultat est sans appel : "Achilles" est ce qui se fait de plus jouissif en matière de grand hard rock, mélodique sans être sirupeux, sombre sans se départir d’une énergie communicative, biberonné aux années 1970 et 1980 sans paraître ni nostalgique ni anachronique. Et si, au bout de tant d’années, Audrey Horne ne venait-il pas d’enfanter son meilleur album ? Il est permis de le penser et de l’affirmer.