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"Laibach signe un album concept qui pastiche la musique pop contemporaine. Jouissif et pertinent."
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4/5
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Cela faisait bien depuis 2014 et l'excellent album "Spectre" que Laibach n'avait plus brodé sur un canevas original. Lors de ses récentes pérégrinations, le groupe slovène s'était - entre autres - approprié "The Sound Of Music" (avec beaucoup de second degré), le théâtre austère d'Heiner Muller. L'album "Musick" sorti en mai 2026 marque ainsi un certain renouveau.
Laibach avait déjà écrasé sous ses bottes indus certaines mélodies populaires : le 'Life Is Life' d'Opus sur "Opus Dei" (1987), 'Sympathy For The Devil' des Rolling Stones ou encore "Let It Be" de The Beatles (1988). Le groupe n'éprouve aucunement l'envie de renouer avec son passé. "Musick" s'inscrit dans une démarche similaire en adoptant un nouveau point de vue : il s'agit ici d'ingérer les codes des musiques pop actuelles, l'Eurodance 90's, la JPop, la KPop en parasitant ces corps de l'intérieur. La pochette est très révélatrice : une seringue ''se vide dans un bras sans avenir" les couleurs flashy des néons violets réussissent à neutraliser l'opération sordide. Le groupe slovène tire à boulets rouges sur les médias de masse qui endorment les auditeurs en leur injectant de la musique frelatée. Le titre "Musick" révèle cette trahison avec humour, la saturation de cette musique standardisée et créée artificiellement finit par nous rendre malades (sick en anglais).
Pour nourrir son concept, le groupe a fait appel à une pléiade d'invités comme le producteur Richard X, les chanteuses Marina Mårtensson, collaboratrice de longue date ou Manca Trampuš de Koala Voice. Laibach a repris tous les codes de la musique pop moderne, en proposant des beats électro, du chant féminin omniprésent, des samples (Kraftwerk, Mozart), le tout dans une bonne humeur contagieuse. 'Musick' et 'Algorithm' qui accumulent tous ces codes jusqu'à plus soif sont la parfaite illustration de l'humeur du concept. Cette seconde piste avait eu les honneurs d'un clip qui captait tous les travers actuels des réseaux sociaux (postures ridicules ou trop sérieuses, petits chiens mignons). Toutefois, Laibach a soigné sa copie nous proposant également un western crépusculaire 'Luigi Mangione' un morceau énergique avec un souffle indus 'Keep It Reel' dans la lignée de 'Eat Liver!' sur "Spectre" ou encore de la techno extra-terrestre 'Das Göttliche Kind" - une manière de nous dire qu'il faudrait que la musique retrouve un peu de hauteur ?
La voix de Milan Fras est le phare qui nous guide dans cet océan fluo, une voix de patriarche qui sait s'effacer en soutenant le chant des invitées - un peu comme le faisait René Dif dans Aqua. Succédant à ses yodels inattendus sur "The Sound Of Music" l'entendre sur 'Singularity' reprendre l'air de "La Petite Musique de Nuit" de Mozart, est désopilant. Petit bémol, les Slovènes se sont parfois laissé pénétrer par leur sujet, certaines pistes se révélant particulièrement horripilantes : 'Resistencia' tourne en rond et le chant en espagnol gagne la palme de l'indigence, la voix de la chanteuse ghanéenne Wiyaala sur 'Algorythm' possède tous les tics agaçants de ses collègues contemporaines.
Sur une durée idéale de moins de 40 minutes, la démarche de Laibach est pertinente, le résultat est jouissif et l'auditeur pourrait bien se surprendre à taper des mains ou du pied au rythme de la musique.
Plus d'information sur
http://www.laibach.org
LISTE DES PISTES:
01. Musick 02. Fluid Emancipation 03. Singularity 04. Resistencia 05. Love Machine 06. Luigi Mangione 07. Keep It Reel 08. Yes Maybe No 09. Allgorhythm 10. Das Göttliche Kind
FORMATION:
Milan Fras: Chant Donna Marina Mårtensson: Chant / Invité Manca Trampuš: Chant / Invité Senidah: Chant / Invité Wiyaala: Chant / Invité
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