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"Avec "A Dark Poem, Part III: The Messiah Complex", Green Carnation pousse son metal progressif au-delà de ses propres frontières et conclut sa trilogie avec une audace rare."
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Il y a toujours quelque chose de délicat à conclure une œuvre pensée en plusieurs actes. Trop regarder en arrière et le dernier chapitre devient un résumé ; vouloir absolument surprendre et il risque de rompre le fil patiemment déroulé jusque-là. Green Carnation avait ouvert "A Dark Poem" avec les paysages sombres et contrastés de "The Shores Of Melancholia", avant que "Sanguis" n’en déplace les tourments vers quelque chose de plus intime. L’ensemble du projet trouve notamment l’une de ses sources d’inspiration dans "Ophélie" d’Arthur Rimbaud, sans chercher à en proposer une adaptation littérale. Cette figure d’un être peu à peu dépassé par le monde qui l’entoure et par ses propres vertiges accompagne plutôt la trilogie en filigrane. Avec "The Messiah Complex", il ne s’agit donc plus seulement d’ajouter un dernier chapitre, mais de révéler où tout ce chemin devait conduire.
Green Carnation choisit pour cela de ne pas conclure dans la surenchère. Cette troisième partie ouvre davantage l’espace et laisse les compositions respirer, comme si le groupe avait désormais besoin de moins remplir pour mieux raconter. La mélodie demeure ce fil familier auquel les Norvégiens n’ont jamais renoncé, sans devenir pour autant synonyme de facilité. Un refrain peut ainsi s’imposer naturellement au cœur d’une écriture toujours mouvante ('Unconditional Artificial Chemistry'), tandis que 'The Messiah Complex' retrouve une matière plus sombre, traversée par quelques relents black aussi furtifs qu’efficaces et une noirceur progressive qui pourra parfois rappeler Opeth. Rien n’est forcé. Guitares, basse, batterie et claviers entrent et sortent du cadre avec une liberté nouvelle, déplaçant les équilibres sans sacrifier cette immédiateté mélodique qui rend la musique de Green Carnation si reconnaissable.
'Broken Souls, Common Enemies' pousse cette logique plus loin encore. Ses presque neuf minutes ne ressemblent jamais à une démonstration progressive mais à un morceau qui refuse simplement d’être pressé. Les idées apparaissent, se développent, s’éloignent avant de revenir naturellement vers le chant, tandis que Kjetil Nordhus accepte régulièrement de quitter le devant de la scène pour laisser les instruments prolonger seuls le récit. La section rythmique impulse les changements, les guitares passent de la présence à la suggestion et les plages instrumentales prennent une ampleur rarement atteinte jusque-là dans la trilogie. Même lorsque la guitare s’élève enfin, elle semble moins interrompre le morceau par un solo que poursuivre une phrase laissée ouverte. Le progressif se trouve là : non dans la complexité affichée, mais dans cette liberté de mouvement qui permet à la musique de prendre son temps sans jamais perdre son fil.
Tout mène alors vers 'A Dark Poem - Orchestral Suite', près de dix-sept minutes qui constituent autant l’aboutissement du disque que celui du projet entier. Parler ici de metal symphonique serait presque trompeur. L’orchestre n’est ni un décor ni une couche supplémentaire destinée à donner davantage d’ampleur à cette conclusion : il devient la matière même de la composition. Des thèmes entendus au fil des trois albums reviennent, se transforment, passent d’un pupitre à l’autre et prennent des couleurs nouvelles. Green Carnation aborde alors véritablement les codes de la musique classique, dans le développement des motifs, le travail des timbres, les variations de dynamique et cette manière de construire une pièce sur la durée sans avoir besoin de revenir aux structures du rock. Quelques formations issues du metal ont déjà osé s’aventurer aussi loin dans l’orchestral -Blind Guardian notamment- mais le geste reste suffisamment rare pour surprendre. D’autant que l’audace n’est pas nouvelle chez un groupe qui, il y a vingt-cinq ans déjà, faisait tenir tout "Light Of Day, Day Of Darkness" dans une seule composition d’une heure. Green Carnation ne reproduit pourtant pas ses anciens paris : là où il étirait autrefois les frontières du metal, il choisit cette fois presque de les quitter. Plutôt que le grand final métallique renforcé par un orchestre, les Norvégiens font l’inverse : ils s’effacent et lui abandonnent les dernières pages de leur histoire.
C’est sans doute là que "The Messiah Complex" réussit le mieux son rôle. Il ne cherche ni à surpasser "The Shores Of Melancholia" par la puissance ni "Sanguis" par l’émotion, mais donne un relief nouveau aux deux premiers volets. Des motifs prennent une autre dimension, certaines intentions deviennent plus lisibles et l’unité du projet apparaît plus clairement. Green Carnation referme ainsi "A Dark Poem" en restant fidèle à ce qui fait sa singularité : une musique mélodique sans être simpliste, progressive sans céder à l’exercice de style, sombre sans avoir besoin d’appuyer chaque effet. Et lorsque l’orchestre s’éteint, l’envie qui demeure n’est pas seulement de relancer "The Messiah Complex", mais de revenir au premier chapitre pour parcourir une nouvelle fois l’ensemble du voyage, avec cette fois la sensation d’en connaître enfin la destination.
Plus d'information sur
https://www.facebook.com/greencarnationnorway/
LISTE DES PISTES:
01. Unconditional Artificial Chemistry (6:09) 02. The Messiah Complex (6:48) 03. Broken Souls, Common Enemies (8:45) 04. A Dark Poem - Orchestral Suite (16:47)
FORMATION:
Bjørn Harstad: Guitares Endre Kirkesola: Claviers Jonathan Alejandro Pérez: Batterie Kjetil Nordhus: Chant Stein Roger Sordal: Basse Tchort: Guitares
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