Plini, génial guitariste australien, est devenu l'une des figure de proue de la guitare instrumentale en à peine 15 ans et seulement trois albums et cinq EPs. "An Unnameable Desire" est donc (seulement) le quatrième album du natif de Sydney, et il va encore vous surprendre.
Il est loin le temps du math-rock du début des années 2010 et des trois premiers EP aux côté de Marco Minnemann. Aujourd'hui Plini nous propose un album plus sombre, tant dans les thèmes abordés que dans la musique qui se durcit franchement par moments.
L'album débute par le titre éponyme s'appuyant sur les bases de ses précédentes productions avec cette signature musicale désormais immédiatement reconnaissable, faite de phrasés de guitare limpides, d'une rythmique élaborée et d'une ambiance stylistique aux frontières du metal prog et du jazz fusion. L'enchainement avec 'Ciel', sur lequel son ami Jakub Zytecki (Disperse) est invité, transpire la même frénésie novatrice ornée d'une production impeccable.
C'est avec 'Canyon' que la première rupture arrive puisque le titre semble tout droit tiré d'un album de Animals As Leaders ou Tesseract tant l'ambiance djent domine. La rythmique est furieuse et les bpm s'envolent vers des sommets encore jamais atteints par l'artiste. L'ambiance est sombre et pesante comme l'illustre le final saccadé d'un riff à une note, angoissant de tension sonore. Même tension sur 'Manala' tout aussi inspirée djent et tout aussi sombre et inquiétante. Même le break aérien et le solo virevoltant tiennent en haleine, dans l'attente de la reprise du déferlement de double pédale et de mur de guitare qui ne manque pas de revenir vous botter le train.
Avec 'Ruin' ou l'électro 'After Everything' (qui fait écho au premier triptyque d'EPs du groupe entre 2013 et 2015), le propos reste sombre sur la façon dont l'humanité ne fait qu'aggraver sa situation globale en saccageant la planète. La musique s'y fait plus jazzy et le style caractéristique de Plini et sa bande s'invite à nouveau à la table de mixage pour des respirations d'une technicité maîtrisée au service d'une musique unique.
D'autres titres sont empreints d'une même veine djent comme 'Vespertine' ou le final 'The Time Will Pass Away'. Ce titre évocateur contient toute la noirceur de l'album, entre riffs agressifs et break mélancolique. Il clôture l'album en reprenant le thème inaugural de 'Ciel' et laisse derrière lui une impression de plénitude douce-amère, un sentiment d'avoir parcouru une œuvre entière, pleine d'une originalité créatrice débridée sur le thème de la destruction du monde dans lequel nous vivons, notre seul monde où même le temps s'éteindra (sic).
Pas étonnant que Joe Satriani et Steve Vai aient vu en Plini un des leurs dès ses débuts, lui offrant toute la visibilité et les tremplins qu'ils jugeaient amplement mérités. Plini nous montre aujourd'hui avec "An Unnameable Desire" qu'il est leur égal avec un album frôlant la perfection aux confins de nombreux genres dont il lisse les frontières pour ne faire qu'un, une musique unique, technique, émotionnelle et qui lui ressemble.