Misanthrope exige de la patience, il a intelligemment occupé le terrain avec pas mal de sorties annexes mais cela ne remplace pas le plaisir de savourer des nouveautés. Après neuf ans d’attente, la patience est récompensée avec une nouvelle offrande, "Embrasement", dotée d’une pochette à la hauteur de l’image flamboyante du groupe.
Le soin apporté par S.A.S. à ses textes est remarquable, il manie le français comme peu savent le faire. Poésie, histoire et occultisme se mélangent et cela se savoure comme un un bon livre. Chaque titre est un élément qui s’apparente à une anthologie littéraire. S.A.S. est le messager des chansons. Il alterne entre growl, chant plaintif si caractéristique et ton parlé. Il se fait conteur d’histoires, porte ses textes avec élégance et force à la manière d’un acteur de théâtre que le temps semble magnifier.
Ses compères sont brillants. Jean-Jacques, Gaël et Anthony tissent un ensemble musical dotés d’arrangements royaux. Chaque titre est un tourbillon qui les voit opérer en parfaite symbiose. La basse de Jean-Jacques vrombit et apporte une chaleur incroyable. Au clavier, il propose un gros travail et le tout s’imbrique à merveille avec les riffs et soli brillants de Anthony. En véritable virtuose, il propose de grands moments rapides, mélodiques et ébouriffants.
Cela donne des titres fabuleux à la croisée du metal gothique, du symphonique avec des passages entre heavy black et death. Il serait vain et injuste de faire du tri dans les titres. Chacun apporte sa pierre à un édifice bâti avec soin comme une cathédrale du moyen-âge. Le tourbillon émotionnel est total et on ressort groggy de l’écoute avec l’impression d’un voyage artistique dans le temps.
"Embrasement" est un disque remarquable, Misanthrope signe une œuvre majeure, parfaite synthèse du meilleur de son art. Il confirme son côté totalement à part d’une scène française dont il est l’un des meilleurs représentants.