Art rock ? Crossover prog ? Canterbury ? Prog vintage symphonique ? Il y a un peu de tout cela dans le dernier album d’Argos, enregistré dans la foulée de “Halfway Between Heaven and Mirth” paru en 2024 avec exactement le même line-up. Dans “Doctor’s Wilde Twilight Adventure”, le quartet britannique s’est penché sur la vie de William Wilde, père d’Oscar, devenu célèbre par ses travaux en chirurgie ORL et ophtalmologique, et dont la fin de vie a été entachée par une sombre histoire de viol.
Sujet décliné ici en huit chapitres aux ambiances variées, avec un chant qui se veut conteur, sur un timbre assez neutre mais avec un ton parfois démonstratif (‘Speranza’, dont le phrasé rappelle celui de ‘Battle of Epping Forest’), et qui peut évoquer Gentle Giant ou plus furtivement David Bowie. Les sonorités instrumentales sont résolument vintage (Hammond, violon, cloche à la batterie sur le morceau d’ouverture), et empruntent souvent des sonorités jazzy. Une coloration qui se retrouve dans la construction des compositions, qui laissent volontiers des sections entières à un soliste ou un autre, tout à fait à la façon du jazz. Tout ceci est habilement agencé et donne des pièces composites où plusieurs genres cohabitent (‘A Farthing as Reward’ ou ‘Moytura House’).
Cette démarche a des revers. Tout d’abord, il faut apprécier la façon jazz qui créé de fait une certaine hétérogénéité. Ce léger manque de cohérence musicale -s’il est intellectuellement stimulant- fait qu’il n’est pas facile de comprendre la direction prise. Ici le style n’est pas porteur, bifurque d’un thème à l’autre, suit l’inspiration d’un soliste, autant de choses qui sont appréciées des aficionados du jazz… et qui restent plus obscures pour ceux qui y sont allergiques. Le procédé casse également un peu la continuité du récit, ce qui est un peu regrettable dans une narration.
Malgré une réalisation consensuelle qui ne saurait être critiquée, “Doctor’s Wilde Twilight Adventure” va partager les auditeurs en deux clans : ceux qui loueront l’habile variété des morceaux, et ceux qui, associant les sonorités vintage avec une histoire composée comme un patchwork disparate, jugeront l’album "suranné et vaguement ennuyeux comme une tea party chez la vieille tante Agatha", mais resteront parce qu’ils sont bien éduqués... et après tout, les scones sont appréciables !