Au commencement était Ought, un groupe de post-punk originaire de Montréal, auteur de trois albums studio entre 2014 et 2018. Deux de ses membres Tim Darcy (chant, guitare) et Ben Stidworthy (basse) avaient opéré après la sortie du troisième album un rapprochement stratégique avec Evan Cartwright, le batteur du groupe US.Girls. En 2019, la magie n'étant plus, Ought n'avait plus de raison d'être. Ought est mort, vive Cola. Depuis 2022, le groupe a tenu à enregistrer un album toutes les années paires. Les mathématiciens auront donc compris qu'en cette année 2026, "Cost Of Living Adjustments" (admirez l'acronyme) est donc le troisième album du trio.
Pas de révolution, pas de grand bouleversement, Cola reste fidèle à sa ligne musicale. Les premières mesures de 'Forced Position' mettent en évidence une guitare qui groove, une section rythmique aux petits oignons, des morceaux qui représentent des vignettes de rock indie/post-punk avec des climats particuliers aussi étouffants que réconfortants. Du jeu de batterie chaloupé sur 'Conflagration Mindset', au rythme trépidant de 'Favoured Over The Ride' aux lignes mélodiques sophistiquées de 'Fainting Spells', de l'intro mélancolique de 'Hedgesitting' pulverisée par des salves puissantes de batterie à la lourdeur agressive de 'Polished Knives', Cola propose avec bonheur une formule fraîcheur qui évoque le New Order des années 1990, Wire ou encore Gang Of Four.
Le chant froid et un peu désabusé de Tim Darcy ne fait pas ressentir une grande proximité mais paradoxalement cette voix grave et claire peut à certains moments apparaître chaleureuse (en particulier sur 'Third Double). "Cost Of Living Adjustments" est un puzzle dont les titres s’emboîtent harmonieusement, toutefois l'auditeur peut se surprendre à regarder sa montre voire à se laisser aller à bâiller. 'Skywrighter Sigh', qui clôt l'album donne l'impression d'avoir déjà été entendu plusieurs fois, 'Satre-torial' abuse du pilotage automatique. L'esthétique du groupe ne varie guère et le trio reste plus ou moins ancré dans sa zone de confort, tout comme dans les deux précédents albums. En contraste, le titre 'Haveluck Country', apparaît comme un single logique et imparable. Avec son gimmick de guitare, sa basse vrombissante, sa batterie métronome et le chant de Tim Darcy qui trouve un peu plus de profondeur émotionnelle, ce morceau est non seulement une belle promesse pour l'avenir mais un véritable hymne post-punk.
"Cost Of Living Adjustment", orné de sa belle pochette mystérieuse, propose en moins de 45 minutes onze titres sortis du même moule post-punk. Les compositions semblent respecter à la lettre le plan de travail et le chant peut apparaître parfois monocorde, mais il ne faudrait pas se passer d'un groupe au rythme dynamique dévastateur. Une entrée intéressante pour découvrir ce groupe canadien qui gagnerait à insuffler un peu plus de variété sur le plan mélodique lors du prochain album.