Tokyo
Blade a passé plus de quarante ans à rôder près
des
projecteurs sans jamais véritablement capter leur lumière ni bénéficier de la reconnaissance accordée aux pontes de la NWOBHM.
Mais cette notoriété limitée n’a pas empêché les British
de garder
la foi.
Depuis
la reformation opérée en 2016 autour d’Alan Marsh et d’Andy
Boulton, la bande semble
avoir retrouvé une véritable stabilité créative. Avec "Hoist
The Colours High",
son quatorzième album studio, le combo persiste en assénant un heavy metal britannique fidèle à ses racines. Quatorze titres sont au programme de cette nouvelle livraison qui offre près de soixante-dix minutes de glorieuses sonorités anglaises des années 1980.
Dans
cette
œuvre fort généreuse,
deux évidences viennent à l’esprit. La première tient à la
voix du chanteur. Elle
a naturellement
gagné en rugosité, mais ce grain marqué par les années confère
aux
vocaux une accroche
vraiment plaisante.
La
seconde a trait aux harmonies de guitares, qui restent superbes même dans les morceaux les moins convaincants. L’association
entre Marsh et Boulton conserve par
ailleurs une
vraie force émotionnelle nostalgique. Tout
bien considéré, deux
Tokyo Blade se
côtoient sur ce disque. Il
y a d’abord celui
de
la NWOBHM, lorsque
le quintet navigue entre Iron Maiden, Saxon,
Diamond Head et Tygers Of Pan Tang. La
production claire et puissante lui
permet
néanmoins
de
sonner moderne
plutôt que comme d’anciens combattants rejouant les 1980’s.
Il
y a
ensuite
le
Tokyo Blade dégainant
son hard rock plus
mélodique qui rappelle souvent
Thin Lizzy.
Dès 'Screaming Evil', la vieille garde frappe avec un riff massif et une
rythmique conquérante. 'Too Wired To Sleep' accélère le mouvement.
Ses guitares très mélodieuses évoquent Iron Maiden, et son urgence
rappelle la NWOBHM la plus nerveuse. Le versant hard mélo de Tokyo
Blade apparaît sur 'Get Me Outa This'. Immédiatement efficace, il
évoque sans aucun doute Thin Lizzy, tout comme 'Hoist The Colours
High' et 'When the Hammer Falls'. Cette accessibilité rappelle que les
Anglais ont toujours possédé un sens de la mélodie supérieur à
celui de nombreuses entités de la NWOBHM.
La
seconde partie du disque comporte moins de plages mémorables. Les
guitares sont toujours aussi emballantes, mais les mélodies
accrochent un peu moins. Seuls 'Mr Nobody' et 'Don’t Need No Enemies' rivalisent, par leur impact immédiat et durable, avec les pistes
précitées. Toutefois, les autres morceaux sont tout à fait plaisants à l'écoute. Il en est ainsi de 'Last Man Standing', qui illustre sans aucun doute la persévérance du quintet, de 'This Time', plus sombre, et de 'Wasting My Time', où les Britanniques abandonnent avec réussite le champ de bataille pour nous offrir la seule ballade de l’album.
Finalement, "Hoist The
Colours High" s’impose comme un opus
de résistance autant que de passion. Tokyo Blade n’essaie pas de
rivaliser avec son propre passé, ni de rejouer
à tout prix ses gammes
d’antan.
Le
combo avance,
avec ses cicatrices, son expérience et cette envie intacte de faire
vivre son heavy metal. Tout n’est pas parfait, deux
ou trois titres
sont dispensables,
mais cet album rappelle
pourquoi ces Anglais
méritent
mieux que le simple statut de groupe culte. Quarante ans après leurs
débuts, le pavillon
flotte toujours. Et manifestement, ces
gars-là ont l'intention de le maintenir bien haut.