Après presque dix années et deux EPs salués par la critique et remarqués jusqu’à Jordan Rudess, le groupe suisse Stereophrenics, à la faveur d’une signature chez un jeune label (Greensunlight Productions), fait enfin le grand saut en proposant son premier album “Paracosm 2.0”.
Stereophrenics proposait un rock progressif sombre, rugueux et difficilement classable qu’ils voulaient proche d’un Vander Graaf Generator. Avec le recrutement d'Elisa Colacioppo et son chant lyrique, l’occasion est donnée de brouiller plus encore les pistes. Tout en conservant la philosophie de leur illustre référence, leur musique s’est naturellement orientée vers un registre gothique lyrique.
Avec un son plus roots que Nightwish période Tarja Turunen, les titres font mouche. Avec leurs refrains accrocheurs comme sur ‘Paracosm’, les compositions dynamiques au service d’une dramaturgie sous-jacente ne lassent pas, maintenant toujours l’auditeur en alerte.
Elisa Colacioppo n’en fait jamais trop et use de la meilleure des manières de son registre vocal, en parfaite synergie avec la musique. Le groupe possède plusieurs cordes vocales à son arc : alors qu'on pensait avoir deviné toutes leurs cartes, les Suisses étonnent avec ‘State of Paradox’ où les chants féminin et masculin se répondent dans un des moments forts de l’album, laissant entrevoir un énorme potentiel.
Le groupe, polyglotte, qui avait déjà œuvré en français sur leur EP, se fend ici d’un très beau ‘Anima Lumina’ en italien dans le texte, comme pour confirmer qu’il aime troubler les perspectives.
Stereophrenics fera les belles heures de ceux que la grandiloquence d’un Nightwish ou un Xandria peut fâcher, et s’il reste à la recherche de son identité propre, nul doute que les pistes ne manquent pas pour faire de ce très réussi “Paracosm 2.0” le précurseur de quelque chose de grand.