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"Avec "Requiem For A Village", Steven Wilson nous entraîne dans une expérience sonore fascinante, aussi immersive que dérangeante, dont l'étrangeté continue d'habiter l'auditeur bien après l'écoute."
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4/5
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Après avoir exploré l'immensité de l'univers avec "The Overview", Steven Wilson revient sur Terre. À l'infiniment grand succède un village britannique imaginaire, perdu dans une époque difficile à situer, où l'apparente tranquillité des lieux semble dissimuler bien des secrets. Une nouvelle destination pour un musicien qui, depuis ses débuts, n'a cessé de surprendre par ses changements de direction. Mais que peut bien raconter Steven Wilson à travers ce décor rural, si éloigné des vastes perspectives de son précédent album ?
L'immersion commence avant même les premières notes. Un site Internet d'un autre âge, des images aux teintes automnales, une narration portée par David Tennant et une contribution d'Andy Partridge (XTC) à l'écriture. Tout cela compose un univers délicieusement suranné, dont se dégage une inquiétude sourde, rappelant parfois l'atmosphère de certains films fantastiques britanniques des années 1970. Une esthétique qui se prolonge dans la musique, avec une approche plus organique, presque viscérale, évoquant par moments les explorations de Storm Corrosion. À l'heure où l'intelligence artificielle s'invite dans la création, Steven Wilson prend le contre-pied en s'essayant à des instruments parfois désaccordés ou qu'il maîtrise peu, quitte à en conserver les imperfections. Chez un musicien aussi méticuleux, cette envie de laisser les choses lui échapper a quelque chose de réjouissant.
‘Swirl In A Lark's Eye’ accueille l'auditeur au son des cloches, tandis que la voix de David Tennant le fait pénétrer dans ce village dont on devine déjà la singularité. Le morceau-titre vient rapidement troubler cette tranquillité. Steven Wilson y chante d'abord d'une voix presque fantomatique, avant que la musique ne se fasse beaucoup plus rugueuse, portée par des guitares pesantes, une section rythmique particulièrement sèche et des sonorités bruitistes. Difficile de ne pas repenser à "Insurgentes" ou "Grace For Drowning", tant on retrouve cette fascination pour les atmosphères oppressantes. ‘Now Departing’ nous entraîne ailleurs, au gré de changements d'ambiance qui laissent autant de place aux mélodies qu'aux passages plus tourmentés. La musique peut devenir franchement glauque, mais cette noirceur participe pleinement au plaisir d'écoute. Quelques réflexes d'écriture, notamment dans les développements progressifs et les riffs appuyés, donnent toutefois une impression de déjà-entendu. Cela n'enlève rien à l'intérêt de l'ensemble, mais rappelle néanmoins que l'album ne réserve pas des surprises à chaque recoin de rue.
Parmi les réussites, ‘On Chapel Slope’ offre une porte d'entrée plus mélodique, sans totalement dissiper la tension qui parcourt l'album. ‘Murmuration’ se montre plus mouvementé, entre passages instrumentaux soutenus et moments de grâce, notamment lorsque surgit la voix de Katherine Priddy. Ce sont parfois ces contrastes qui touchent le plus, quand une mélodie vient soudain éclairer une atmosphère jusque-là pesante. Les chœurs, les voix d'enfants, les cloches et les nombreux détails sonores qui parsèment l'album donnent aussi l'impression que ce village possède sa propre mémoire. Quant aux trois derniers morceaux, ‘Great Green Map’, ‘Wheel’ et ‘The Old God Is Buried’, ils forment une séquence d'un peu plus de onze minutes qui prolonge cette immersion. On commence à reconnaître les lieux, les sons, sans jamais se sentir complètement à l'aise. Un malaise persiste, même lorsque la musique se fait plus accueillante. Et curieusement, on n'a aucune envie d'interrompre le voyage.
Avec "Requiem For A Village", Steven Wilson signe un album fascinant, où l'expérimentation et la mélodie trouvent un terrain d'entente particulièrement fertile. Ce retour à des sonorités plus organiques n'efface pas ses explorations récentes, mais leur donne une autre dimension. Si certains passages renvoient à des territoires déjà parcourus, le musicien conserve suffisamment d'audace et de curiosité pour ne jamais s'y installer durablement. Un disque riche, parfois déconcertant, qui gagne à être parcouru plusieurs fois. Et dont on ne ressort pas tout à fait avec le sentiment d'avoir tout compris, ni même d'avoir réellement quitté les lieux.
Plus d'information sur
https://stevenwilsonhq.com
LISTE DES PISTES:
01. Swirl in a Lark's Eye 02. Requiem for a Village 03. The Same River Twice 04. Now Departing 05. Hiraeth 06. On Chapel Slope 07. Murmuration 08. Cursus Fingerprint 09. A Basket of Bees 10. Great Green Map 11. Wheel 12. The Old God is Buried
FORMATION:
Randy Mcstine: Guitares Russell Holzman: Batterie Steven Wilson: Chant / Guitares / Claviers
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Musicalement, je suis d’accord avec l’ami Calgepo. Cet album mérite un 4/5. Mais d’un point de vue conceptuel, je pense qu’il fera date dans l’histoire de la musique, comme le premier album se revendiquant anti-IA. Le plus intéressant, c’est que ce n’est pas un disque militant (Steven Wilson est trop intelligent pour ça), c’est un vrai projet artistique qui part d’une idée (composer une musique qu’aucune IA ne serait capable de composer à ce jour), utiliser de vrais instruments analogiques forcément imparfaits, et poncer suffisamment le sujet pour en faire un univers à part entière. Dans une époque où tout le monde s’auto-censure au moins une fois par jour sans même en être conscient, cette démarche jusqu’au boutiste est suffisamment jubilatoire pour mériter la note maximale. Décidément, Steven Wilson sera toujours un artiste à part, et cet album aussi étrange que fascinant nous le prouve une fois de plus.
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