Paul
Laine n’a jamais vraiment quitté le rock mélodique. Entre Danger
Danger et
The
Defiants, le chanteur canadien a multiplié les détours depuis "Stick
It In Your Ear",
son premier opus
solo paru en 1990. Il aura fallu attendre trente-six ans
pour que cette route le ramène à ses
premiers amours. Oublions
en effet "Can't
Get Enuff" (1996), qui était essentiellement, selon ses propres mots, une
collection de démos. Avec le bien nommé "The
Long Road Back",
il ne cherche pas à effacer le temps écoulé ; il transforme plutôt
ses souvenirs, ses expériences et ses années de carrière en
nouveau point de départ.
Le disque réunit Bruno Ravel à la basse et Andrew Oye aux guitares.
Le
premier croisa la route de Laine au
sein de Danger
Danger et de
The
Defiants,
le second a été nommé deux fois, aux Emmy Awards et aux Grammy Awards, pour
ses compositions destinées à l’audiovisuel.
L’album
repose sur quatre piliers complémentaires. Une base hard mélo dans
la tradition de Bon Jovi, quelques échappées contemporaines proches d’Imagine Dragons, des morceaux de hard mélo
plus rugueux et une veine hard FM héritée de l’esthétique
américano-canadienne des années 1980/1990. Dès 'Love Me Or Leave Me', le
décor est planté et on pense à The Defiants. 'Don’t Let Me Go
Tonite', qui évoque Rick Springfield, prolonge cette dynamique avec
son parfum de radio FM des années 1980. 'Someday' ralentit ensuite le
tempo et révèle une facette plus vulnérable de Laine, qui frôle
ici les travaux d’Harem Scarem.
'Save
Me Saturday Night', 'Her
Name Is Trouble' et 'Bad Habit' forment
un trio plus rentre-dedans qui ramène, avec ses
guitares épaisses, à Danger Danger et Firehouse. Les mélodies sont
ici moins immédiatement accrocheuses,
mais le niveau est tout à fait
honorable. La palette s’élargit avec 'Heaven And Earth Collide',
ballade atmosphérique emplie
d’émotions
que
ne renierait pas Imagine
Dragons, et 'Kiss
Me California' et
ses teintes
country qui
rappellent
les horizons explorés par Laine avec Darkhorse. Sur 'The
Ones That Got Away', la
nostalgie cesse d’être un simple décor rétro pour devenir une
réflexion douloureuse sur les absents et les occasions perdues. À
l’image de la magnifique ballade, 'Now
That You Don’t Love Me Anymore',
cette composition est imprégnée de l’ombre de Bon Jovi.
Ce
disque est une belle
réussite,
même si les
voix
des
éternels
grincheux vont
sans aucun doute s’élever.
Ils avanceront que certains
titres suivent si fidèlement les codes du genre qu’ils
pataugent dans le déjà-entendu,
et
que les
textes traitent sempiternellement des
mêmes sujets
:
l’amour
perdu, la
jeunesse,
les
souvenirs
et
les
femmes dangereuses. Toutefois,
l’essentiel
est
préservé. L’efficacité
mélodique est redoutable,
et la voix du chanteur, qui conserve l’éclat des débuts tout en
s’étant enrichie d’une patine émotionnelle, embarque
l’auditeur. Alors certes, "The
Long Road Back" ne révolutionnera pas le petit monde du hard rock mélodique, mais il ne ressemble pas non plus à une reconstitution nostalgique sans âme. Il permet en tous cas d'avoir une certitude : Paul Laine est revenu parce qu’il en avait encore envie, et le
voyage mérite pleinement le détour.
En complément : Paul Laine a participé, avec André Andersen (Royal Hunt) et David Readman (ex-Pink Cream 69), à un album dénommé "III". Ce très bon opus, malheureusement peu connu, est paru en 2006 sous le nom "Andersen/Laine/Readman" et pourrait très bien passer pour un disque des Chasseurs Royaux