Avez vous des enfants en bas âge qui vous réveillent la nuit ? Etes-vous vous-même insomniaque et cherchez-vous désespérément un remède qui pourrait vous procurer le sommeil ? Chez Music Waves, nous aimons les causes perdues ; et nous avons, à force d’abnégation et au prix de maints sacrifices, déniché pour vous la solution à tous vos problèmes. Plus efficace qu’un somnifère, moins brutal qu’un verre de vodka mélangé au biberon du soir, nous vous proposons « Placidity (Rough Cuts) » du groupe Bard. Mais attention, à n’utiliser qu’avec parcimonie, et qu’en cas d’extrême nécessité !
Car le choc risque d’être rude. Avec cet album, le groupe réussit le tour de force de livrer une œuvre soporifique, ennuyeuse au possible, enchâssée dans un écrin terne et mat (la faute au mixage peut-être, pas toujours pertinent), trop lisse pour attirer l’attention, encore moins pour la conserver. Les morceaux sont bien courts pour un rock progressif se réclamant des monstres sacrés que sont Genesis, Camel, Queen ou encore Dream Theater (?), mais ceci n’est qu’un aspect marginal du problème. Après tout, l’un des meilleurs albums de Camel (« The Snow Goose ») n’est-il pas composé de titres n’excédant pas les cinq minutes ? Non, ce qui cloche ici, c’est la structure des morceaux, couplet/refrain sans intérêt, majoritairement chantés (mais il vaut mieux, car les passages instrumentaux sont particulièrement laborieux, à l’image de cette référence ratée à Pink Floyd qui apparaît au milieu de "Blood") et basés sur une utilisation excessive (donc lassante) du piano. Mais où sont donc passées les ruptures, les progressions thématiques, les soli gorgés de feeling, l’hétérogénéité climatique… toutes choses propres au rock progressif ?
A la place, nous avons une pop honnête, sans grande originalité, lorgnant par le chant vers Xavier Phideaux (mais sans la complexité et l’ampleur des compositions de son dernier album), aux arrangements souvent simplistes et gentillets. Rien de très marquant en fait, et c’est sans doute ce qui attriste le plus. Car s’il est difficile d’aimer cet album, il est encore moins évident d’en faire une critique désagréable ; c’est joli, mélancolique, bien propre sur soi, plein de bonne volonté… Les arpèges mêlés guitare/piano du quatrième titre, "Placidity" (qui en l’occurrence porte bien son nom), sont tout ce qu’il y a de plus plaisant, l’ensemble vous procure un petit océan de chaleur lénifiante, parfaitement anecdotique, vite écouté, vite oublié. Le guitariste se fend parfois de quelques soli bien sentis, comme sur la fin de "Lightbringer", où, prenez garde, un semblant d’émotion pourrait vous envahir. Quant au batteur et au bassiste, ils font ce qu’ils peuvent, mais de toute évidence ils peuvent peu.
Finalement, un seul morceau sort du lot, "I Know", sombre et mystérieux, porté par un chant inspiré et très mnémonique ; la référence à Phideaux n’est ici pas usurpée, car on retrouve comme un peu du souffle et de l’énergie symphonique qui traversent l’ensemble de « Doomsday Afternoon », même si les interventions solistes du guitariste et du claviériste sonnent un peu scolaires.
Au final, vous vous en doutez bien, « Placidity » ne m’a absolument pas convaincu. Néanmoins à quelque chose malheur est bon ; pour avoir testé sur moi ses effets soporifiques, je peux vous assurer que ça fonctionne. Satisfait ou remboursé !